‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 223 sur 327 · MADAME DU CHATELET · texte numérisé non relu

MADAME DU CHATELET

La publication de l’Épitre à Uranie, où la révélation chrétienne est ouvertement attaquée ‘, et qui parut contre le gré de l’auteur, renouvela la tempête. Voltaire désavoua cette pièce. Il adopta dès lors un plan de conduite mélangé d'audace et de souplesse, comme dit son biographe Condorcet : reniant les œuvres trop compromeltantes qu'on lui dérobait manuscrites ou qu'il publiait sous des pseudonymes, rusant, faisant des concessions, les retirant, louvoyant et avançant toujours. Ce système l’a fait accuser à tort de manquer de courage : sans une pareille tactique, il eût été brisé bien vite, et son rôle fût devenu impossible ; il ne manqua pas de courage ?, mais il manqua souvent de dignité.

Les haïnes qui le poursuivaient et qu’il était bien décidé à ne pas désarmer par le silence, lui avaient fait juger nécessaire de se tenir désormais habituellement à distance du lieu d’où partaient les lettres de cachet, afin d’avoir le temps, au besoin, d’amortir les coups ou de se mettre à l’abri. Il se retira au château de Cirei, en Lorraine, chez une amie, la marquise du Châtelet, et ne fit plus d'apparition à Paris que lorsque le temps était au calme. Cet heureux et laborieux séjour de Cirei fut le meilleur temps de sa vie. Il y vécut en communauté d’esprit, de cœur, de goûts et de travaux avec une femme qui, dit-il, « lisait Virgile, Pope et l’algèbre comme un roman », ferme et lumineuse intelligence, plus virile que féminine, plus scientifique qu’artiste ou que poétique, mais cœur de femme avec un esprit d'homme. Ce fut une espèce de mariage, que les mœurs de l’époque autorisaient, et la seule affection sérieuse et solide, sinon très-passionnée, que Voltaire ait jamais eue pour une femme.

Cette association féconde sembla doubler l’activité de Voltaire : il poursuivit sa marche dans toutes les voies qu’il s'était déjà ouvertes et s’en ouvrit de nouvelles. Il n’avait qu’indiqué Newton

Voici donc la force, dans son effet, le mouvement, qui devient à son tour un attribut de l'étendue ! L'activité qui devient un attribut de la passivité !

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