‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 236 sur 327 · LIVRE XCVII LOUIS XV (SUITE · texte numérisé non relu

LIVRE XCVII LOUIS XV (SUITE

FRANCÉ ET COLONIËS. — Industrie et commerce. — Règne de la Pompadour. Le Parc-aux-Cerfs. — Machault essaie de réformer les finances : il échoue devant la résistance des privilégiés. Querelles du parlement avec le clergé et avec la cour. Guerre des billets de confession. — Diplomatie secrète de Louis XV. — Progrès et conquêtes de Dupleix et de Bussi dans l'Inde, La France domine tout le Dekhan. Grandeur des plans de Dupleix. Il veut donner l'Inde à la France. Il est désavoué et rappelé par déférence pour l'Angleterre. — Hostilités entre les colons français et anglais du continent américain. Situation respective du Canada et de l’Amérique anglaise. Les Anglais attaquent le Canada et enlévent nos vaisseaux marchands sans déclaration de guerre. Pusillanimité du cabinet de Versailles. Longues et inutiles négociations. Ouverture de la guerre de Sept Ans.

Après la paix d’Aix-la-Chapelle, la France, avec cette vitalité qui lui est propre, se rétablit promptement, au moins dans ce qu’il y avait de plus apparent, comme les grandes villes, l’industrie de luxe, le commerce extérieur, les ports et Les îles, ainsi qu’on nommait par excellence nos florissantes Antilles. C’est là ce qui a permis à Voltaire de tant vanter les années qui suivirent 1748 '. Après tant de fautes et de revers imputables au gouvernement presque seul, il restait à la France des chances plus brillantes que jamais de fonder un empire colonial, si l’on savait profiter des leçons du passé et refaire une marine militaire, tant le

1. « L'Europe entière ne vit guère luire de plus beaux jours que depuis la paix d'Aix-la-Chapelle jusque vers l’an 1755. Le commerce florissait de Pétersbourg jus: qu'à Cadix; les beaux-arts étaient partout en honneur; on voyait entre toutes les nations une correspondance mutuelle; l’Europe ressemblait à une grande famille réunie après ses différends. » (Siècle de Louis XV, ch. xxxl.)

428 LOUIS XV. [1748-1756] génie maritime et colonial avait poussé dans la nation de fortes racines '.

A l'intérieur, la situation de l’industrie n’était pas si bonne : là, il eût fallu beaucoup innover, mais moins faire que défaire, c’est à-dire, que relâcher les liens da travail, ces lisières, autrefois salutaires, qui étaient devenues des chaînes. Les manufactures anglaises se développaient sous un régime de liberté industrielle, et la mécanique appliquée à l’industrie commençait d'entrer dans cette carrière de prodiges où elle ne s’est plus arrêtée. Les fabriques françaises, pour la plupart, restaient stationnaires sous l'empire de règlements invariables. L'organisation des maîtrises etjurandes maintenait les marchandises et objets fabriqués à des prix élevés, qui les rendaient inaccessibles aux paysans, réduits à ne se vêtir que des étoffes les plus grossières. Le fabricant opprimait indirectement le paysan et directement l'apprenti, au dommage commun de l’agriculture et de la véritable industrie, qu? doit viser au bon marché et à la quantité. Les fabricants à leur tour étaient opprimés, sans s’en rendre bien compte, par ces statuts que la routine leur faisait considérer comme une protection. Tandis que madame de Pompadour et les femmes à la mode introduisaient dans le monde élégant les indiennes anglaises et d’autres nouveautés étrangères, on voyait les fabricants d’étoffes de luxe « attendre tristement, auprès de leurs métiers ralentis, qu’un retour à d'anciennes modes et à d’autres mœurs réveillât la demande de leurs produits riches et pesants ? ». Mèmes résultats dans les fabriques de draps. « Les règlements semblaient vouloir que chacune fût restreinte au service exclusif de certaine classe de consommateurs. Les corporations avaient l’une contre l’autre des droits exclusifs : celui qui, concevant un grand plan de fabrication, aurait embrassé économiquement toutes les opérations, tous les accessoires, qui opèrent et accompagnent les

1. En 1750, de riches négociants fondèrent à Paris une chambre d'assurance maritime au capital de 12 millions, pour que le commerce français n’allât plus s'adresser à des compagnies étrangères. C'était le renouvellement d’un établissement du temps de Colbert. Voir Vie privée de Louis XV, t. II, p. 349; Londres, 1781

2. Vincens, Journal des Économistes, t. Il, p. 2. — Cette citation est surtout applicable à une période un peu postérieure. La richesse du costume ne commençu diminuer que quelques années après le milieu du siècle,

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