‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 237 sur 327 · INDUSTRIE. COMMERCE · texte numérisé non relu

INDUSTRIE. COMMERCE

transformations successives de la matière, se fût trouvé empiéter sur vingt corps d'état; il n'eût pas monté ses machines et conduit ses produits à leur perfection sans avoir vingt procès à subir ! ».

Cette torpeur n’était pourtant pas universelle : dans quelquesunes de nos villes, les fabricants avaient su s’attacher à l'esprit plutôt qu’à la lettre du système de Colbert: l'esprit inventif des Lyonnais, par exemple, éludait les obstacles réglementaires et accroissait chaque jour la renommée de leurs tissus. À Nîmes, vers 1750, les fabricants obtinrent, par tolérance tacite, de s’affranchir des règlements; ils inventèrent dès lors d’élégants tissus de soie pure ou mélangée, à l'usage des classes d’aisance médiocre, baissèrent leurs prix et modifièrent leurs fabrications suivant les besoins et ies changements du goût ?. Certaines villes du Nord entrèrent dans la même voie pour leurs légères étoffes de fil (batistes, linons).

Il ne suffisait pas de tolérer, il eût fallu provoquer les perfectionnements, les faciliter en modifiant les statuts industriels : le gouvernement n’en fit rien, et ne sut rien trouver de mieux, pour contre-balancer les progrès de l'Angleterre, que de s'engager dans le régime probhibitif pur, régime toujours impuissant contre le dehors, toujours pernicieux au dedans.

L'agriculture, toujours sacrifiée, tendait pourtant à s'améliorer sur certains points de la France, grâce aux efforts de quelques propriétaires éclairés, de quelques administrateurs bien intentionnés. Le mouvement des idées commençait à se porter sur cet intérêt vital; mais rien de grand ne pouvait se faire en faveur des campagnes tant que le régime fiscal subsisterait.

Il y avait dans le ministère un homme tout disposé à porter la réforme dans le régime fiscal : nous verrons tout à l'heure quel fut le résultat de ses tentatives. En attendant, il y a lieu de mentionner quelques établissements de diverse nature fondés par le gouvernement durant la période qui nous occupe : 1° une nouvelle industrie de luxe, la manufacture de porcelaine de Vincennes, transférée, quelques années après, à Sèvres (1748), bril-

1. Vincens, tbid, | 2. Vincens, ibid. et Revue de Législation et de Jurisprudence, v. XVII, p. 72.

430 LOUIS XV (ATES-1781)

lante création qui affranchit la France du tribut qu’elle payait à la Saxe‘; 2° une fondation utile pour la direction et l’entretien de la viabilité nationale, le bureau, puis l’école des ponts e chaussées (1751); 3° un grand établissement suggéré au ministre de la guerre, au comte d’Argenson, par le vieux Pâris Duvernei, l’école militaire (janvier 1751), destinée à instruire, aux frais de l'état, cinq cents jeunes gentilshommes sans fortune et à les préparer au service. L’ordonnance royale exige quatre générations au moins de noblesse paternelle. Une autre ordonnance récente (novembre 1750) avait insuffisamment compensé par avance cette mesure d'exclusion aristocratique : autrefois le noble et le guerrier ne faisaient qu'un; le grade militaire conférait la noblesse par le fait; il n’en était plus ainsi depuis longtemps, et rien n’était plus choquant que de voir un traitant, un usurier, acquérir les priviléges nobiliaires avec l'argent qu'il avait volé au peuple, tandis qu’un brave officier, pauvre et couvert de blessures, était imposé à la taille comme roturier. Le comte d’Argenson ne fit cesser qu’en partie ces étranges contrastes : il fit décider que les officiers en activité de service seraient exempts de taille; que les officiers en retraite, ayant servi vingt ans dans le grade de capitaine, seraient exempts à vie; que les officiers généraux et leur postérité seraient nobles de droit ?.

Au reste, les modifications qu'on pouvait apporter à l’ordre nobiliaire ne devaient plus avoir une longue importance, comme l'avait fort bien vu l'aîné des d’Argenson#, Il y avait des choses plus essentielles à faire, et que, malheureusement, on ne fit pas, pendant que la paix en donnait le loisir : c’était de remettre notre armée au courant des progrès de l’art militaire et de l’initier à la nouvelle tactique prussienne. On en eut bien la velléité; mais on ne sut comment s’y prendre, tant les officiers généraux étaient ignorants de leur métier. On fit, aux Invalides et dans des camps de paix, des essais sans portée et sans méthode. Le maréchal de Saxe venait de mourir (30 novembre 1750), la tête pleine de projets de réforme, et emportait avec lui tout ce qui nous restait

Page 1