‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 246 sur 327 · DIPLOMATIE SECRÈTE · texte numérisé non relu

DIPLOMATIE SECRÈTE

cher, c'était là toute la politique de Louis XV. L’Angleterre, au contraire, ne voyait dans la paix qu’une halte Pour reprendre des forces et se préparer à de nouvelles entreprises; elle avait les moyens réguliers, qui manquaient à ja France, d’obliger son gouvernement à servir ses volontés et à Poursuivre ses destinées. Pendant que, chez nous, les plans financiers de Machault échouaient devant la résistance des privilégiés, en Angleterre, le ministre Pelham faisait passer un bill qui réduisait l'intérêt de la dette de 4 1/2 pour 100 à 3 1/2, puis à 3 (1750), non point par voie de contrainte, c’est-à-dire de banqueroute partielle, mais en offrant le choix aux créanciers entre le remboursement et la réduction, qu’ils acceptèrent presque tous. Des deux gouvernements, l’un améliorait sa position, l’autre empirait chaque jour la sienne.

La France et l’Angleterre, cependant, étaient en lutte de fait, malgré la paix officielle, aux deux bouts du monde, dans l’Amérique du Nord et dans l’Indoustan. Aucun traité n’eût pu établir de conciliation durable entre les colonies des deux nations, poussées les unes contre les autres non-seulement par la rivalité de: leurs métropoles, mais par leurs passions et leurs intérêts pro pres; on n'avait rien fait pour atténuer cette espèce de fatalité; le: cabinet de Versailles, par sa précipitation même à conclure la paix, avait négligé de rendre cette paix viable. Les limites respectives, dans l'Amérique du Nord, n’avaient jamais été bien fixées. Cette question, qui prenait une importance toujours croissante, fut laissée à décider à des commissaires. Ii était à peu près impossible que la guerre n’en sortit pas. Quant à l'Inde, ce n’était pas sur une question déterminée, comme celle des frontières, c’était sur tous les points à la fois que les conflits étaient inévitables. ll se passait là des événements de l'intérêt le plus puissant, du caractère le plus romanesque, des événements tels qu’on n’avait rien vu de pareil depuis les conquistadores espagnols du xvi* siècle. Les enfants de la France se montraient bien grands à ces extrémités de la terre, tandis que leur gouvernement était si petit! Au Canada, si le génie ne brillait pas comme dans l’Inde, lhéroïsme était au moins égal.

Le développement des projets de Dupleïx n’avait point été

interrompu par la paix, qui avait été si douloureuse à ce grand home ‘. Le gouverneur de l’Inde française ne voulait ni ne pouvait s'arrêter. Ne pouvant plus attaquer les Anglais en face, il résolut de les combattre indirectement, en assurant la prépondérance à nos alliés sur les leurs et en rompant l'équilibre entre eux et nous par l'accroissement de notre influence et de notre terrnoire. On a exposé plus haut le système par lequel il comptait arriver à la domination de l'Inde : s'immiscer dans les querelles des princes mogols et indous, et se faire place dans leur hiérarchie, étaient les principaux moyens 2, La politique de l’audace était ici la politique du bon sens : la politique exclusivement commerciale était une illusion; des particuliers faisant le trafic d'Inde en Inde, sous la protection de la Compagnie, pouvaient faire leur fortune; la Compagnie ne pouvait faire la sienne. « Dupleix s'était convaincu, après un, examen très-attentif, que le commerce, réduit à lui-même, ne pouvait être d'aucun profit, à cause des entraves que les Indiens y apportaient, des droits dont les marchandises se trouvaient frappées et qui absorbaient les bénéfices, des extorsions sans fin des radjahs, nababs, zemindars, et surtout à cause de la nécessité d'entretenir des troupes pour la défense des comptoirs. Il n’y avait donc pas de milieu entre la conquête ou l'abandon *. »

Après la paix de 1748, Dupleix conserva donc sur pied tout ce qu’il avait de troupes françaises et indigènes, en promettant à la Compagnie que ces troupes ne seraient pas longtemps à sa charge. Les Anglais ne désarmèrent pas non plus et furent même les premiers à donner l'exemple des envahissements territoriaux. En 1749, ils mirent un corps auxiliaire au service d'un prétendant au petit royaume indien de Tandjaour, annexe méridionale du Carnatic, et attaquèrent le radjah régnant. Le radjah leur céda la place maritime de Devi-Cotah ; à ce prix, ils abandonnèrent le

1. Le contrôleur général Machault, qui avaitla compagnie des Indes dans son département, avait écrit à Dupleix, dès le 12 mai 1748. qu'il faudrait rendre Madras aussitôt la paix conclue, sans attendre même que les Anglais eussent xendu ce qu'ils auraient conquis sur nous. — Saint-Priest, Études historiques sur le dix-huitième siècle; la Perte de l'Inde sous Louis XV.

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