GUERRE DU CARNATIC
çais dans la ville. Tchunda-Saëb les suivit avec ses troupes. Murzapha-Jung ne put se décider à faire prendre au grand étendard du Dekhan, qui était dans ses mains, le chemin de la fuite, ce qui, dans les idées mogoles, l’eût couvert d’une infamie indélébile : il préféra capituler. Nazir-Jung jura sur le Coran de lui laisser la liberté et le gouvernement d’une province. Murzapha se rendit à la tente du soubahdar; il fut saisi, chargé de chaines, et ses troupes, assaillies en trahison, furent taillées en pièces.
Dans de telles circonstances, il semblaït que ne pas être anéanti, que sauver Pondichéri une seconde fois, fût la plus haute ambition qu’on püt se proposer. Un autre n’eût songé qu’à la vie : Dupleix ne cessa pas un seul jour de songer à l’empire. Les armes étaient impuissantes ; il fit jouer les ressorts de cette vaste diplomatie, de cette correspondance infinie, depuis longtemps entretenue par sa femme, la Joanna Begum, avec l'Inde entière. Il essaya de négocier; Nazir y consentit : dès lors Nazir fut perdu. Dupleix connaissait à fond les divisions qui existaient entre tous ces chefs et ces populations diverses qui formaient l'immense et confuse armée de Nazir. Il n’obtint point de conditions accep- ‘tables, mais il gagna du temps, se mit en relations secrètes avec les chefs patanes‘ et mahrattes ; puis, afin de relever la réputation militaire des Français, il fit surprendre, une nuit, par une poignée de soldats, le camp ennemi plongé dans le lourd sommeil de l’opium, et yjeta le trouble et la terreur. Nazir leva son camp (fin avril), et, renonçant au siége de Pondichéri, alla prendre possession d’Arcate, chef-lieu du Carnatic. La discipline était revenue avec la fortune. Dupleix ressaisit l'offensive avec vigueur. Mahomet-Ali, le concurrent de Tchunda-Saëb pour la nababie du Carnatic, tenait la campagne avec une vingtaine de mille hommes. Les Français, commandés par Combeau d’Auteuil, battirent complétement Mahomet-Ali, malgré l’appui d’un détachement anglais, et s’emparèrent, par escalade, de Gingi, place que sa situation entre trois montagnes couronnées de citadelles rendaient la plus forte de l’Inde, et qui commande le haut de la rivière de même nom, à l'embouchure de laquelle est située Pondichéri (août-septembre 1750).