BANQUE DE LAW
tremblèrent bientôt et reconnurent là un ennemi plus redoutable que la chambre de justice. Le mal fait par la dernière refonte des monnaies fut promptement réparé : l'intérêt de l'argent baissa, malgré les agitations causées par la chambre de justice; le change remonta à l'avantage de la France; le commerce extérieur, les manufactures se relevèrent; la France sembla un corps dans lequel se rétablit la circulation du sang longtemps troublée !,
On peut regretter que Law ne se soit pas contenté de perfectionner et d'élargir cette heureuse création : c'était tout ce qui pouvait se faire avec süreté sous une telle forme de gouvernement ?. Mais Law ne vit, dans sa première victoire, qu'un moyen de revenir à ses grands projets. Le 10 avril 1717, il obtint qu’une déclaration du roi ordonnât à tous comptables de recevoir les billets de la Banque pour le paiement des impôts et d’acquitter à vue les billets en argent sans escompte. C'était une très-bonne mesure, mais un premier pas vers la banque d’État. Le 12 septembre 1717, les comptables de Paris furent astreints à faire leurs recettes et paiements en billets de banque. Au mois de décembre, le régent présida en personne l’assemblée des actionnaires de la Banque, qui donna un dividende de sept et demi pour cent pour un seul semestre : cela était bien nouveau dans nos mœurs, de voir le chef de l’État présider aux opérations d’une compagnie de changeurs et d’escompteurs!
Law avait fait, auparavant, un nouveau et très-grand pas. Le célèbre financier et négociant Crozat, inquiété par la chambre de justice, s'était tiré d'affaire en renonçant au monopole du commerce de la Louisiane, qui lui avait été concédé par Desmaretz en 1712, sous la condition d’y continuer la colonisation ébauchée par d’Iberville5. Le conseil des finances offrit à Law le privilége abandonné par Crozat, moyennant qu’il formât une compagnie