BUSSI. CLIVE. L
rent comprendre que la volonté du roi de maintenir la paix avec l'Angleterre et de faire à tout prix le silence autour du Parc-aux- Cerfs. Les succès de Dupleix, qui éblouissaient de loin la France, ne causaient aux gouvernants qu’inquiétude et qu'embarras; au lieu de renforts, ils lui envoyaient des exhortations à la paix.
Tandis que le gouvernement français s’effrayait de sa bonne fortune, la Compagnie, puis le gouvernement d'Angleterre, enfin éclairés sur les affaires de l’Inde, songeaient à arrêter les progrès de leurs rivaux et sortaient de leur inertie pour rallumer vigoureusement la guerre au point de départ même de la puissance de Dupleix, dans le Carnatic. Mahomet-Ali, le concurrent du nabab des Français, de Tchunda-Saëh, avait conservé Tritchenapali, où il était resserré par Tchunda-Saëb. Au commencement de 1701, les Anglais lui expédièrent du renfort : les Français en envoyèrent à Tchunda-Saëb; les Anglais furent battus; néanmoins, ils parvinrent à ravitailler plusieurs fois Tritchenapali (février-juillet 1751). Cette place eût fini par succomber, si un jeune homme, récemment passé des bureaux de la Compagnie anglaise au service militaire, n’eût suggéré à ses chefs de sauver le dernier asile de Mahomet-Ali par une diversion contre Arcate, le chef-lieu du Carnatic. Ce jeune homme, c'était Clive, le futur rival et l’heureux imitateur de Dupleix! On lui donna le commandement de l'expédition qu’il avait conseillée. Avec quelques centaines d'hommes, il se saisit d’Arcate sans résistance. Les populations de ces grandes villes indiennes étaient habituées à changer de maîtres comme des troupeaux (septembre 1751). Clive défendit sa facile conquête avec beaucoup d'énergie contre des troupes dépêchées par Tchunda- Saëb et renforcées d’un détachement français. Secouru par un corps de Mahrattes, il fit lever le siége d’Arcate aux Franco- Indiens et les battit deux fois; puis il se joignit au commandant en chef anglais, Lawrence, pour essayer de faire lever aussi le long blocus de Tritchenapali.
Ces premiers échecs avaient ébranlé l’ascendant de Dupleix dans le midi de l& péninsule : le Maïssour (Mysore), nouveau royaume formé à l’ouest du Carnatic, et qui devait, plus tard, lutter avec tant d'opiniâtreté contre la puissance anglaise, se déclara pour Mahomet-Ali et pour les Anglais : le radjah de
Tandjaour suivit cet exemple. Lawrence, renforcé de vingt-cinq mille Indiens, put bloquer à son tour le corps franco-indien qui avait assiégé Tritchenapali et qui s'était retiré, près de là, dans les deux pagodes de Tcheringham, île du fleuve Cavéri. Un détachement français, expédié de Pondichéri au secours de Tcheringham, fut cerné par Clive avec des forces supérieures et obligé de se rendre (avril 1752). Le corps resserré dans Tcheringham n'avait plus d’autre parti à prendre que de se faire jour l'épée à Ja main jusqu’à Pondichéri. Malheureusement, le commandant Law, neveu du fameux contrôleur général, n’était pas un Bussi! Hésitant, irrésolu, il laissa ses troupes se décourager dans l’inaction et les Anglais tirer à loisir de l'artillerie de siége de Devi- Cotah. Le nabab Tchunda-Saëb, jugeant un désastre imminent, tenta de s'échapper; il acheta la protection d’un des chefs ennemis, le commandant des Tandjacuriens : le Tandjaourien reçut l'argent et livra Tchunda-Saëb, qui fut égorgé. Law, menacé d'être emporté d'assaut dans son île, capitula : tout le corps français resta prisonnier de guerre.
L'effet de ces nouvelles en France fut déplorable. Nous l'avions bien dit! fut le cri de toutes les médiocrités jalouses, de toutes les lächetés officielles! Le gouvernement sembla heureux de voir ses prévisions justifiées sur le peu de solidité de toute cette gloire. La réaction gagna la Compagnie : la France douta si elle n’avait pas été dupée par un roman d’empire. La fatale coïncidence du procès de La Bourdonnais, procès dont le public ne vit nullement le fonds et dans lequel le principal coupable était le gouvernement, tourna en partie les esprits contre Dupleix !. On peut juger, jusqu’à un certain point, de l’opinion publique par Voltaire, qui n’est pas hostile à Dupleix, mais qui, s’il a bien compris l’importance des relations avec l’Inde au point de vue scientifique et philosophique, n°v comorend absolument rien au point de vue poli-
1. La Bourdonnais, nous l'avons dit plus haut, exerça, entre son acquittemes.t et sa mort, une influence très-malheureuse sur la Compagnie et sur le ministère. La correspondance du brave d'Auteuil, qui était à la fois le beau-frère de La Bourdonnais et de madame Dupleix, n’en donne que trop de preuves. Des hommes éclairés, l’ancien gouverneur Dumas et autres, avaient d’abord soutenu Dupleix dans la Compagnie ; mais ils avaient disparu, et la Compagnie était tombée dans les plus mauvaises mains,