‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 252 sur 327 · REVERS EN CARNATIC · texte numérisé non relu

REVERS EN CARNATIC

tique’. L'opinion, toutefois, fût infailliblement revenue si on lui en eût laissé le temps.

Dupleix n’avait pas été un moment epranlé par ses revers : il mit en campagne le peu qui lui restait de soldats, renforcés par les équipages des vaisseaux de la Compagnie, afin de sauver à tout prix la forte place de Gingi, sa plus précieuse conquête. Un premier corps anglais, envoyé contre Gingi, fut défait; le commandant en chef, Lawrence, repoussa à son tour les Français, mais ne prit pas Gingi. La diplomatie recommença de servir Dupleïx : il regagna les Maïssouriens, à qui Mahomet-Ali avait promis, puis refusé la cession de Tritchenapali. Des Mahrattes à la solde du Maïssour joignirent les Français; Dupleix refit un nabab, nommé Mortiz-Ali, avança jusqu’à 7 millions à lui ou empruntés par lui pour soutenir la guerre, et, six mois après la catastrophe de Law et de Tchunda-Saëb, l'offensive fut reprise et le blocus de Tritchenapali fut renouvelé. Lawrence retourna au secours de la place : il fut battu dans l’île même de Tcheringham, théâtre de ses récents succès; il se releva par deux avantages considérables, et, vers octobre 1753, il approvisionna Tritchenapali pour quelques mois. Six cents Francais et un corps de cipayes essayèrent de surprendre la place, qu’on ne pouvait plus en ce moment espérer de réduire par famine : ils enlevèrent la première enceinte, mais ne purent forcer la seconde, et furent en partie enveloppés et pris entre la double muraille.

L'indomptable Dupleix ne se découragea pas; seulement, pour donner quelque satisfaction au ministère et à la Compagnie, il ouvrit des conférences, en janvier 1754, avec Saunders, gouverneur de Madras. Dupleix ne voulait la paix qu'à des conditions avantageuses; l'Anglais n’en voulait point du tout. Dupleix comptait sur Bussi; Saunders comptait, nous ne dirons pas sur son gouvernement, mais sur le gouvernement français, qu'il appréciait bien! Il était au courant des négociations qui avaient lieu entre les deux cabinets et les deux compagnies depuis 1752. Dupleix refusant de reconnaître Mahomet-Ali comme ,nabab du Carnatic, les pourparlers se rompirent. Pendant ce temps, la

1. V. Siècle de Louis XV, c. xx1x, et Fragments sur l'Inde, à la suite de l'Histoire du Parlement de Paris.

petite armée française s’était remise sur pied devant Tritchenapali. Au mois de février 1754, un grand convoi, escorté par l'élite des troupes anglaises, fut enlevé, et toute l’escorte détruite. Bussi, retenu jusqu alors dans le Dekhan par la nécessité de contenir les grands chefs mahrattes et de déjouer les intrigues des Anglais à la cour même du soubahdar, allait être bientôt en mesure d'intervenir dans le Carnatic. Clive, au contraire, le plus brillant officier et le plus habile politique qu’eussent les Anglais dans l’Inde, était parti, malade, pour l’Europe. Tout annonçait un éclatant retour de fortune.

Sur ces entrefaites, des vaisseaux de la Compagnie parurent en rade de Pondichéri, apportant douze cents soldats de France (août 1754). C'était plus qu’il n’en fallait pour achever de vaincre; mais ces vaisseaux et ces soldats étaient conduits par un des directeurs de la Compagnie, chargé des pleins pouvoirs du gouvernement français pour conclure la” paix avec les Anglais. Le premier acte de ce commissaire fut de signifier à Dupleix sa révocation et de prendre sa place. Le cabinet anglais avait fait du rappel de Dupleix la condition absolue de la paix : Louis XV et ses ministres avaient courbé la tête!

Dupleix s’y attendait; il savait les haïnes amassées contre lui. La Compagnie lui avait fait insinuer de demander lui-même son rappel : il avait refusé, à moins qu’on ne le remplaçât par Bussi, le seul homme capable de reprendre et d'achever son œuvre. IL avait travaillé pour la gloire de la France bien plus que pour sa propre gloire et se fût résigné à l'obscurité et à l'oubli, pourvu que sa pensée triomphât sous le nom d’un autre. 1l eût aimé La Bourdonnais comme il aimait Bussi, si La Bourdonnais eût voulu comprendre et seconder son système.

Au lieu de Bussi, on lui donna pour successeur provisoire ur homme de bureau appelé Godeheu, sans autre talent que l’intrigue, sans autre système que la paix à tout prix et qu’une basse envie contre le grand homme. Ce personnage, après s'être glissé, d’échelon en échelon, jusqu’au rang de directeur de la Compagnie, avait suivi, depuis plusieurs années, tout un plan de trahi-

1. « On ne peut voir rien de plus grand que ce Bussi, » écrivait-il en France Saint-Priest, la Perte de l'Inde sous Louis XV ).

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