Garneau, Histoire du Canada, t. II, p
2. « Des neuf ptésidents de l’ancien congrès qui ont dirigé les États-Unis à travers la guerre de la révolution, trois descendaient de réfugiés protestants français, savoir : Henri Laurens, de la Caroline du Sud; le célèbre Jean Jay, de New-York; Élias Boudinot, de New-Jersey. » Garneau, t. Il, p. 181. Sur l'importance de l’élément huguenot dans l'Amérique anglaise, à New-York et ailleurs, V. Ch. Weiss. Hist. des Réfugiés protestants, t. II.
prouvé que les grandes colonies étaient impossibles avec le régime militaire et le règne des moines.
De deux colonisations rivales, constituées comme nous venons de l'indiquer, l’une devait évidemment finir par dévorer l’autre. Un seul principe avait empêché cette catastrophe d’avoir lieu dix fois pour une depuis un siècle; cette même passion des armes, qui entravait le développement du Canada, avait sauvé son existence. Les tendances héroïques de la nature française s'étaient épanouies avec une merveilleuse énergie dans la vie d'aventures que menaient les colons, et leur supériorité guerrière sur leurs laborieux voisins leur avait permis de résister à des forces qui semblaient devoir les engloutir. Chez eux, il y avait autant de soldats que d'hommes en état de porter les armes. Ils avaient la valeur des flibustiers sans leur cruauté.
Moins guerriers d’habitudes, mais non pas moins vigoureusement trempés, et doués d’une indomptable persévérance, les Anglo-Américains reprenaient toujours leur plan d’envahissement tant de fois déchiré par l'épée canadienne. La restitution de Louisbourg à la France, par le traité d’Aix-la-Chapelle, les avait consternés, et la paix était à peine signée, qu’ils faisaient déjà tous leurs efforts pour amener le gouvernement anglais à recommencer la guerre : « Point de repos pour nos treize colonies », écrivait Benjamin Frank, « tant que les Français seront maîtres du « Canada! ». Ce mot de l’homme le plus illustre que possédassent alors les colonies anglaises, exprimait le sentiment général des Anglo-Américains. IL n’est pas sûr, à la vérité, que, sous cette pensée si hostile à la France, il n’y eût pas déjà une autre pensée peu favorable à l'Angleterre, et que Franklin et bien d’autres colons n’entrevissent pas déjà, au moins comme une des possibilités de l'avenir, l'indépendance de l'Amérique derrière la conquête du Canada. Des esprits pénétrants avaient, chez nous, prédit, dès 1711, que, si le Canada était enlevé à la France, les colonies anglaises, une fois débarrassées de ces belliqueux voisins, ne tarderaient pas à se séparer de leur métropole. En 1732, le marquis d’Argenson avait renouvelé cette prédiction dans ses Mémoires.