‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 258 sur 327 · JUMONVILLE ET WASHINGTON · texte numérisé non relu

JUMONVILLE ET WASHINGTON

Alleghanys, devait servir de barrière contre les Anglo-Américains qui descendraient de la Pensylvanie et de la Virginie. Le commandant français de l'Ohio, informé de l’approche d’un détachement anglo-américain, chargea un officier nommé Villiers de Jumonville, à la tête d’une trentaine d'hommes, d'aller reconnaître cette troupe et lui porter la sommation d’évacuer le territoire français. Jumonville ne put remplir sa commission : un matin, il fut surpris et brusquement assailli par les Anglais renforcés d’une troupe de sauvages. Suivant les relations françaises, il aurait alors déployé le pavillon de parlementaire et même commencé à lire sa sommation, ce qui n’aurait point arrêté le feu; l'officier angloaméricain affirma, d’une autre part, n’avoir eu connaissance d'aucune tentative de pourparlers. Cet officier, très-jeune alors et nommé récemment colonel d’un régiment de milices virginiennes, s'appelait George Wasmneron. L’on ne saurait admettre que l’homme qui portait ce nom se soit rendu coupable d’une criminelle violation du droit des gens et de l'humanité; mais le désordre de l'attaque et l’indiscipline des milices peuvent tout expliquer. Quoi qu'il en soit, J umonville fut tué avec neuf de ses compagnons, et les autres furent emmenés prisonniers (18 mai 1754).

Un cri de fureur éclata parmi les troupes françaises de l'Ohio; le commandant en chef remit le soin de la vengeance au frère même de la victime, M. de Villiers, qui marcha contre Washington avec six cents Canadiens et cent sauvages du parti français. Washington, qui avait environ quatre cents hommes, venait d'établir un fort palissadé sur un affluent de l'Ohio, la Monongahela, au-dessus du fort Duquesne. Il füt rejeté dans ses retranchements, et, après une lutte meurtrière qui dura tout un jour, il fut obligé de capituler dans des termes très-humiliants pour ses soldats (3 juillet). Dans la capitulation signée des deux chefs, le capitaine Villiers déclare que, chargé de venger « l’assassinat qui à été fait sur un officier français, porteur d’une sommation, et sur son escorte. il veut bien accorder grâce à tous les Anglais qui sont dans le fort" ». Les Anglais ahandonnèrent

1. L'original de la capitulation est aux Archives de la Marine, avec diverses pièces

leur fort et leur artillerie, donnèrent des otages pour garantir la restitution des prisonniers français, et sortirent du territoire contesté.

Tandis que ces événements se passaient sur l'Ohio, les gouverneurs et les délégués des colonies anglaises étaient réunis à Albany, dans l’État de New-York, afin de concerter les opérations et de concentrer les ressources des diverses colonies , jusqu’alors isolées administrativement les unes des autres. L'alliance fut renouvelée avec les six petites nations iroquoises qui habitaient entre les lacs et la Nouvelle-Angleterre, et un projet d'union fédérale entre les treize colonies fut votée sur la proposition du docteur Franklin, délégué de l'assemblée de Pensylvanie. Un président nommé par la couronne, un grand conseil choisi par les assemblées coloniales, eussent formé le gouvernement de la confédération. La pensée du philosophe pensylvanien était à la fois prématurée et incomplète. L'union américaine ne devait pas se fonder sous les auspices de la monarchie constitutionnelle. Le gouvernement britannique rejeta un plan qui eût rendu les colonies trop fortes vis-à-vis de la métropole, et les assemblées coloniales craignirent, de leur côté, de se mettre sous la dépendance d’une administration centrale. Le cabinet anglais aima mieux faire la guerre avec ses soldats et ses généraux, en demandant seulement aux colonies des auxiliaires et de largent.

L'Angleterre pressa ses préparatifs, tout en continuant d’amuser le cabinet de Versailles. De nouveaux mémoires furent échangés dans les premiers mois de 1755. L’Angleterre parut un moment se relâcher quelque peu. Le cabinet français, alors, proposa l'évacuation réciproque de tout le pays situé entre l'Ohio et la chaîne des Alleghanys : c'était un grand pas en arrière; on ne conservait la communication de la Louisiane au Canada que par la rive droite de l'Ohio, et l’on accordait aux frontières anglaises” une entière sécurité. Les Anglais ne daignèrent en tenir compte:

nl sur la catastrophe de Jumonville. Nous en devons la communication, ainsi que de beaucoup d’autres documents manuscrits sur les affaires du Canada, à l’obligeance de M. Pierre Margry, qni prépare depuis longtemps d'importantes publications sur l’histoire des colonies françaises de l'Amérique du Nord. V. aussi une lettre de Washington,

du 29 mai 1754; ap. Vie de Washington, par M. Guizot, t. III, p. 1, et Garneau, His. foire du Canada; t. III, p. 538-540.

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