DROIT DES GENS VIOLÉ. &T
et réclamèrent de plus la destruction des établissements français à la droite de FOhio jusqu’au Ouabache; celle des forts de Niagara et du lac Champlain; la neutralité des lacs; la cession de toute la côte du continent qui fait face à la presqu'île acadienne, sur une profondeur de vingt lieues; l’évacuation et la neutralité de tout le reste du pays au midi du Saint-Laurent (7 mars 1755). Le gouvernement anglais proposait systématiquement des conditions impossibles : il se croyait sûr d'enlever le Canada en deux campagnes, et voulait la guerre comme le cabinet de Versailles voulaït la paix, à peu près à tout prix.
L’Angleterre était déjà en mesure d'agir. Les populations répondaient avec passion à l’appel du gouvernement : les villes et les corporations offraient des gratifications à quiconque s’enrôlerait pour servir sur terre ou sur mer; une loterie, dont le ministère attendait 1 million sterling , en rapporta près de 4 (près de 100 millions). Dès le mois de janvier 1755, une escadre avait appareillé d'Irlande pour conduire en Virginie le général Braddock, chargé d’exécuter un plan d’opérations conçu par le due de Cumberland pour la conquête du Canada. Le vaincu de Fontenoi et le vainqueur de Culloden était le plus ardent moteur de la guerre. Le cabinet de Versailles se décida enfin à faire partir à son tour, au mois d'avril, pour le Saint-Laurent, une escadre portant un nouveau gouverneur du Canada, M. de Vaudreuil, et un officier général, M. de Dieskau, avec trois mile soldats. La flotte française fut devancée par une seconde escadre anglaise aux ordres de l'amiral Boscawen. Le gouvernement français demanda des explications : les ministres de Georges IT, le duc de Newcastle (Pelham), lord Granville, Henri Fox, répondirent que « certainement les Anglais ne commenceraient pas! ». Ils commencèrent, et ils en avaient l’ordre. Boscawen se posta près de la pointe sud-est de Terre-Neuve, afin d'attaquer l’escadre française au passage. Le gros de l’escadre passa à la faveur d’un épais brouillard; mais deux navires de soixante-quatre canons, dont l’un n’était armé qu’en partie, et qui portaient cinq cents hommes de troupes, tombèrent au milieu des Anglais; traîtreusement sur-
Ï. Flassan, Hist. de la Diplomatie française, t. VI, p. 34. — Garneau, Hist. du Canada, t. Il, p. 550.