‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 260 sur 327 · TOURS · texte numérisé non relu

TOURS

pris, ils furent enlevés après une vive résistance (8 juin 1755}, A ce signal, les corsaires anglais se déchainèrent sur toute les mers : une troisième et une quatrième escadre sortirent des ports britanniques, afin d’intercepter les navires français avant la fin de l’année, trois cents de nos bâtiments de commerce, valant une trentaine de millions, avaient été emmenés dans les ports d'Angleterre, et six mille de nos matelots languissaient dans une dure captivité, ou se voyaient forcés, par la misère et les mauvais traitements, de servir contre leur patrie. Quoique les Anglais eussent commis plus d’une fois de déloyales surprises sur les mers, le monde civilisé n’avait pas encore vu de violation du droit des gens comparable à cette gigantesque piraterie ". Pendant ce temps, le Canada était assailli sur quatre points à la fois par quinze mille ennemis, auxquels il ne pouvait opposer que moins de sept mille combattants (deux mille huit cents soldats et quatre mille miliciens), noh compris la garnison de Louisbourg. Le système des agresseurs avait été prévu, et la défense bien combinée : elle reposait, au sud-ouest, sur le for? Duquesne; au nord-est, sur les forts de l’isthme acadien; au centre, sur le fort de Niagara, qui commandait le débouché entre les lacs Érié et Ontario, et sur les gorges abruptes du lac du Saint- Sacrement, position qui couvre le lac Champlain et les routes de Montréal et de Québec, en même temps qu’elle menace la vallée de l’'Hudson et la route de New-York. Malheureusement, l’insuffisance des forces n’avait pas permis de garnir suffisamment tous les points. Du côté de l’Acadie, où une population de quinze à dix-huit miile âmes, d’origine française, ne demandait que des armes pour chasser l'étranger, non-seulement on ne put prendre une offensive qui aurait eu des résultats décisifs pour le salut du. Canada; mais on ne fut pas en état de se maintenir. Deux mille miliciens anglo -américains, débarqués de Boston dans le fond de la Baie Française, le {°° juin, et renforcés de trois cents soldats, enlevèrent les forts de l’isthme et de la côte continentale, saccagèrent les établissements et obligèrent les Acadiens récemment émigrés de la presqu'île à se réfugier dans l’intérieur du Canada

1. Sainte-Croix, Hist. de la Puissance navale de l'Angleterre, t. Il, p. 247. — Wis privée de Louis XV, t. IL; voir arx pièces la liste des bâtiments enlevés,

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ou dans les îles du golfe. La moitié à peu près de la population acadienne (environ sept mille âmes) était restée dans la presqu’ile sur le territoire anglais; mais leurs sympathies françaises n’étaient pas douteuses; les Anglais prirent envers ces pauvres gens a ne résolution barbare : ils les déportèrent en masse et les disnersèrent dans leurs colonies. Cette côte fertile demeura ruinée et dépeuplée, jusqu’à ce que les nouveaux colons anglais eussent comblé le vide des anciens habitants.

Les Anglais ne furent pas si heureux dans le reste de leurs opérations. Leur commandant en chef, Braddock, avait marché de la Virginie sur le fort Duquesne, à la tête de deux mille trois cents hommes, outre les auxiliaires sauvages : il savait que les Français n’avaient qu’une poignée de soldats sur l'Ohio; il poussa en avant avec tant de précipitation et de confiance, qu’il laissa en arrière un millier d'hommes avec le gros bagage. Il ignorait que les Français eussent réussi à rallier à leur cause une partie de leurs anciens amis, les peaux rouges. Le 9 juillet, les Anglo-Américains furent surpris dans les bois de la Monongaheia par deux cent cinquante Franco-Canadiens et six cents sauvages sortis du fort Duquesne. Le corps anglais, entassé dans un défilé et criblé de balles par des ennemis presque insaisissables, fut écrasé; le général Braddock resta sur le champ de bataille avec les deux tiers de ses gens. Son corps de réserve, qui était à quelques lieues en arrière, abandonna bagage et canons, et s’enfuit jusqu’en Pensylvanie, laissant les frontières anglaises livrées aux ravages des Canadiens et des peaux rouges. On trouva dans les papiers du général Braddock, l'ordre donné par le cabinet anglais de traiter les habitants du Canada comme ceux de l’Acadie et de les déporter hors de leur patrie!

La lutte n'avait pas été moins sanglante vers le lac du Saint- Sacrement, point central où un succès décisif des Anglais les eût menés au cœur du Canada. Trois mille cinq cents Anglo-Américains étaient partis de l’État de New-York, avec quelques auxiliaires iroquois, pour s'emparer des défilés de ce lac, et attaquer le fort Saint-Frédéric, sur le lac Champlain. Ils établirent un camp retranché à la tête du lac du Saint-Sacrement. Les Français prirent l’offensive : ils avaient trois mille hommes sur ce point,

y compris les sauvages de leur parti; leur général, Dieskau, commit la même faute que Braddock; il laissa la moitié de sa petite armée à distance. Le commandant anglais Johnson, de son côté, avait fait plusieurs détachements : douze cents Anglais et Iroquois essayèrent de surprendre les Français en marche; ils furent surpris eux-mêmes, battus complétement et chassés jusqu’au camp de Johnson, où Dieskau prétendit entrer après eux l'épée à la main. Il perdit la victoire pour avoir voulu la compléter; une partie de ses gens, harassés de leur premier combat, ne l'avaient pas suivi, il vint se jeter avec sept ou huit cents hommes sur quinze cents soldats tout frais, bien retranchés et bien munis d’artillerie. Il fut blessé et pris, et sa troupe fut repoussée en désordre (8 septembre). Cet échec n’eut pas les mêmes suites que celui du général Braddock : les Français se rallièrent et se maintinrent sur le lac du Saint-Sacrement. Les Anglais durent se contenter de garder leur camp retranché.

Un autre corps ennemi de deux mille hommes, qui avait dû assiéger Niagara, ne tenta pas même l’entreprise et se contenta de renforcer la position qu’occupaient les Anglais à Oswego, au sud du lac Ontario.

Le plan des Anglais contre le Canada avait donc échoué sur trois points des quatre attaqués. Au lieu d’une rapide invasion, il s'agissait, dorenavant, d’une guerre longue et acharnée, et des secours un peu considérables de France en eussent rendu le succès impossible".

À la nouvelle des pirateries commises par les Anglais, le gouvernement français avait enfin rappelé son ambassadeur de Londres et ordonné de fortifier Dunkerque du côté de la mer, signe ordinaire de rupture; néanmoins, le cabinet de Saint-James ayant prescrit le séquestre des navires enlevés, ce qui semblait admettre l'éventualité d’une restitution, l’on eut encore la niaiserie de renvoyer une frégate anglaise prise par une frégate française et de laisser les vaisseaux de commerce anglais continuer tranquillement leur trafic dans nos ports. Les Anglais répondirent à ces procédés en nous prenant encore un vaisseau de guerre

1. Garneau, t. IE, 1. IV, c. 1. — Vie de Washington, par M. Guizot, t. II, p. 14.— Sainte-Croix, Puissance navale de l'Angleterre, t. II, p. 240.

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