‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 268 sur 327 · TRAITÉ DE VERSAILLES · texte numérisé non relu

TRAITÉ DE VERSAILLES

saisit le moment. Elle déclara que le projet de traité présenté par la France n’était plus possible et réclama un pacte défensif contre fe roi de Prusse. Le roi et madame de Pompadour ne trouvaient plus que cela fût suffisant et, dans leur belliqueuse ardeur, voulaïient une alliance offensive! Ce fut Bernis qui les modéra et qui, chargé par le roi de rédiger les articles, obtint que, cette fois, le conseil entier fût consulté. D’Argenson et Machault, dans le conseil disputèrent encore le terrain pied à pied : ils succombèrent; le funeste traité de Versailles fut signé le {er mai 1756.

Il consistait en deux conventions séparées : 1° l’impératricereine s’engageait à la neutralité dans les différends actuels entre la France et l’Angleterre; 2° l’impératrice-reine et le roi de France se garantissaient leurs possessions d'Europe, et se promettaient un secours mutuel de vingt-quatre mille combattants contre tout agresseur. Le cas de la présente guerre contre l’Angleterre était excepté par l'Autriche : la France ne réclamait aucune exception, pas même pour le cas de guerre entre l’Autriche et la Turquie, exception que l'Angleterre avait bien su se réserver dans ses traités avec l’Autriche. C'était l’anéantissement de toute notre politique et de toute notre influence dans le Levant, si cette omission n’était réparée. Quant au sens immédiat du traité, il consistait en ceci, que l'Autriche ne s’engageait qu'à ne pas secourir l'Angleterre contre la France, et que la France s'engageait à secourir l'Autriche de vingt-quatre mille hommes contre la Prusse, en cas de besoin. Par articles secrets, cependant, l'engagement de secours devenait réciproque, si, à l’occasion de la présente guerre, d’autres puissances que l'Angleterre venaient à attaquer les possessions européennes, soit de la France, soit de l'Autriche. On convenait d'inviter l'empereur, comme grand-duc de Toscane, les rois d'Espagne et de Naples, le duc de Parme, à accéder au traité. On devait s'entendre sur tous les cas non prévus à Aix-la-Chapelle, notamment « sur ce qui regarde le repos de l'Italie. » Geci engageait la France bien plus avant : dans la pensée de l’Autriche, ce n’était toutefois encore qu’un premier pas. La politique nationale et traditionnelle de la France,

| qu’avait renversée une première fois systématiquement le cardi- ? pal Dubois et qu’avaient tâché de relever les Chauvelin, les d’Ar-

genson, les Conti, allait être abattue une seconde fois à l’aveugle par madame de Pompadour, et avec des conséquences bien autrement désastreuses!.

Le prince de Conti, à l'insu de qui toute la négociation avait éte conduite, comprit que c’en était fait de son système?, et que le traité de Versailles, soutenable à la rigueur dans les termes actuels, ne serait qu’un point de départ. Il remit entre les mains du roi la direction de la correspondance secrète et cessa toute participation aux affaires. Le fruit de dix ans de travaux était entièrement perdu, au moment où la Turquie et la Suède étaient gagnées à la vraie politique française, et où notre influence avait ressaisi les diètes polonaises. La diplomatie secrète ne disparut point avec l’homme qui l’avait organisée. Ces voies souterraines convenaient trop bien à l'esprit défiant et dissimulé de Louis XV, et, chose singulière, ces ténèbres, qui semblaient ne devoir couvrir que de méprisables intrigues, continuèrent d'abriter des intentions honorables : les deux Broglie, l’oncle et le neveu, succédèrent aux vues de Conti comme à son emploi; mais leurs intentions furent aussi impuissantes que les siennes. Louis XV, bien averti par des agents éclairés et sincères, porte devant lhistoire la responsabilité d’avoir fait ou laissé faire le mal en pleine connaissance de cause. |

Le traité de Versailles ne tarda pas à produire ses premiers fruits. L’Autriche, assurée de la France, avait travaillé, avec le même succès, à gagner la Russie. Frédéric s’était trompé dans ses calculs. L’Autriche, trop pauvre pour offrir des subsides et soudoyer la Russie, était assez riche pour acheter les ministres russes, et Marie-Thérèse avait employé une arme plus efficace encore; Frédéric n'avait pas plus épargné la tzarine que Louis XV et sa maitresse, et la cour de Vienne avait fait parvenir jusqu’à Élisabeth les sarcasmes échappés à Frédéric sur les nombreuses amours de la Majesté moscovite : le monarque prussien eût dû pourtant se taire sur l’article des mœurs. La tzarine était tellement ulcérée, qu’il

1. V.le traité, dans Wenck, t. III, p. 141, et Garden, Hist. des traités de paix, t. IV, p. 19.— Frédéric II, Hist. de la guerre de Sept Ans, t. If, c. xx. — Coxe, Hist. de la maison d'Autriche, ©. CX.

2. V. ci-dessus, p. 449 ; — et Ségur, Politique de l’Europe, t. 1°", p. 61.

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