‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 269 sur 327 · ETAT DE LA PRUSSE · texte numérisé non relu

ETAT DE LA PRUSSE

suffit que l'Angleterre se fût alliée à la Prusse pour qu’elle rompît ses engagements avec l'Angleterre. Elle conclut un traité secret avec l’Autriche et la Saxe pour le partage de la Prusse. C'était encore la langue acérée de Frédéric qui lui avait aliéné la Saxe en blessant le comte de Brühl, favori d’Auguste III. Jamais plus grande guerre n'avait eu des motifs plus misérables. Le traité contre la Prusse n’était qu’éventuel et supposait que Frédéric donnerait lieu à des hostilités; mais la cour de Vienne comptait bien trouver le moyen de changer cette éventualité en fait.

Le traité de la France et de l’Autricke avait été rendu publie : Frédéric surprit le secret de l’autre pacte en corrompant un commis de la chancellerie saxonne. J1 était évident pour lui maintenant que la diplomatie autrichienne en viendrait à ses fins et précipiterait sur lui, au printemps prochain, sous un prétexte quelconque, une coalition formidable. I1 examiua la situation d’un œil ferme. Ses ennemis n'étaient pas prêts; l'Autriche seule, qui avait fort amélioré ses finances et son état militaire depuis 1748, et qui avait déjà plus de soixante mille soldats réunis en Bohème, pouvait entrer en campagne : la Russie n’était pas en mesure d’agir avant le printemps de 1757; la Saxe, gouvernée par le luxe frivole et par l’imprévoyance, avait besoin de six mois au moins pour se mettre sur le pied de guerre. Frédéric, lui, était prêt : la population de ses états était plus que doublée depuis son avénement, grâce à ses conquêtes et aux améliorations que lui devait la Prusse! : ses finances étaient en bon état, son armée au complet et nerfectionnée, quant à la tactique, par les exercices d’une paix laborieuse?. Il jugea qu’avec l’extrème inégalité des forces, il n’avait qu’une seule chance de salut : c'était de frapper te premier, de choisir le théâtre de la guerre et de réduire, autant

1. Frédéric avait encouragé l’agriculture et l’industrie, réformé les lois par un code qui devait éclairer et abréger les procédures, et réformé surtout le personnel très-corrompu de la magistrature prussienne. V. Hist. de la guerre de Sept Ans. CRICUNC-ELE

2. Il avait près de cent cinquante mille soldats pour une population de cinq millions d'âmes ; proportion qui représenterait plus d’un million de soldats pour la France actuelle. Le bas prix des denrées et l'extrême économie du gouvernement prussien peuvent seuls expliquer comment ce petit Etat vivait et prospérait sous un fardeau aussi énorme.

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