XV
que possible, les ressources de ses ennemis par la vigueur de ses premiers coups. Il n’hésita pas sur le point d'attaque : ce ne pouvait être que la Saxe, ce centre stratégique et géographique de l'Allemagne, qui devait couvrir le Brandebourg et ouvrir la Bohème. 11 débuta par demander nettement à Marie-Thérèse l’assurance qu'il ne serait attaqué par elle et par ses alliés ni cette année ni l’année suivante. L’impératrice-reine refusa de donner cette assurance. Sur la réponse négative de Vienne, Frédéric entra en Saxe avec plus de soixante mille Prussiens; le feld-maréchal Schwerin entra en Bohême par Kœnigsgratz avec trente mille autres (fin août).
L’électeur-roi, Auguste IE, se jeta dans le camp retranché de Pyrna, entre Dresde et la frontière de Bohême, avec environ dixsept mille hommes, qui composaient en ce moment toute son armée. Ce camp était une sorte de grande forteresse naturelle de cinquante kilomètres de tour, environnée par l'Elbe, par des chaînes de rochers et des ravins marécageux. Frédéric, maître de Dresde sans coup férir, fit bloquer le camp de Pyrna par quarante mille hommes, et, avec le reste de ses troupes, marcha en Bohême, au-devant du feld-maréchal Braun, qui s’avançait à la tête du principal corps d’armée autrichien pour dégager les Saxons : un autre corps autrichien faisait face à Schwerin. Frédéric, très-inférieur en nombre , attaqua Braun, le 1* octobre, à Lowositz, le rejeta au delà de l’Eger, chargea un de ses lieutenants de le tenir en échec, puis courut rejoindre l’armée qui bloquait Pyrna. Braun pénétra cependant en Saxe par la rive droite de lElbe avec un fort détachement : les Saxons sortirent du camp de Pyrna et tâchèrent de se frayer un passage jusqu'aux Autrichiens; leurs chefs connaissaient si mal leur propre pays, qu’ils les fourvoyèrent dans des défilés où les Prussiens les prirent comme dans un piége. Une quinzaine de mille hommes mirent bas les armes et, suivant la coutume hasardeuse de Frédéric, furent incorporés dans l’armée prussienne (18 octobre}. Le roi Auguste IT n'eut d'autre capitulation que la liberté de se retirer en Pologne, où il n’obtint aucun secours de la diète polonaise, qui ne voulait pas s’immiscer dans la guerre d'Allemagne. Les Autrichiens se retirèrent, et Frédéric prit ses