‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 272 sur 327 · Rainal, Hist, philosophique des deux Indes, t. LV TT · texte numérisé non relu

Rainal, Hist, philosophique des deux Indes, t. LV TT

1756-1757] PIN SUPPEIGENDE BENG. 501

Canada. Des escadres furent expédiées dans toutes les directions. Le parlement vota la solde de cinquante-cinq mille hommes pour le service de mer, de près de cinquante mille pour le service de terre, et accorda 8 millions sterling (200 millions) d’impôts pour l’année 1757. Les administrations et les états-majors furent épurés avec une inflexible rigueur. Un exemple sanglant fut fait, pour mettre les chefs des armées anglaises entre la victoire et la mort. L’amiral Byng, condamné à mort par une cour martiale pour n’avoir pas fait tout ce qui était possible afin de sauver Minorque, mais recommandé par ses juges à la clémence du roi, fut impitoyablement fusillé (14 mars 1757). Voltaire, qui commençait à s’attribuer en toute occasion ce rôle officiel de défenseur de l'humanité qui devait faire l'honneur de sa vieillesse, avait appelé en vain à l'opinion de l'Europe et au témoignage même des capitaines français qui avaient combattu Byng. Ce supplice, calculé de sang-froid, est marqué d’un caractère beaucoup plus cruel que ces exécutions de généraux, justement reprochées depuis à la révolution française, et qu’expliquent les passions et les soupçons mortels de cette terrible époque. Byng, lui, n’avait été, en aucune manière, soupçonné de trahison".

Le gouvernement de Louis XV devait plus tard imiter Pitt dans sa cruauté, mais non dans son génie. Quant à présent, tout au contraire, il laissait impunis des ofliciers bien plus criminels que Byng. Nous avons parlé plus haut du dédain arrogant des marins nobles pour les officiers de port ou officiers bleus. Dans un combat livré sur la côte de l’île du Cap-Breton, en juillet 1756, un capitaine de vaisseau et un capitaine de frégate avaient abandonné leur chef d’escadre, qui, attaqué par deux vaisseaux anglais plus forts que le sien, eût succombé sans le secours d’une autre frégate. Cette lâche trahison n’avait eu pour tout motif que la roture du chef d’escadre. Le capitaine de frégate se fit justice à lui-même : il ne put résister à ses remords et au mépris des honnêtes gens; il se pendit. L'autre officier fut acquitté par un conseil de guerre que l’esprit de corps rendit infidèle à tous ses devoirs. Il s'était passé sur les côles de France et aux Antilles des faits moins infà-

1. V. Lord Chatam, par M. de Viel-Castel, ap. Revue des Deux-Mondes, XIVe année ; nouvelle série, t. V, p. 717-808; 1844.

rues, mais très-coupables encore, et qui se résumaient dans une extrème négligence des officiers nobles à protéger les convois marchands qui leur étaient confiés. Le peu de cas qu’ils faisaient d’une mission qu'ils considéraient comme au-dessous d’eux avait coûté cher à la France : il y avait encore eu, en 1756, deux cents vaisseaux et barques de commerce enlevés par les Anglais‘.

Le seul homme d'état qui eût assez de fermeté pour rétablir l'ordre et réprimer ce détestable esprit, n’était déjà plus aux affaires. Machault avait été renversé par une intrigue de cour, et il n’y avait plus chez nous, à vrai dire, d'administration de la marine |

Tandis que les deux premiers politiques de l'époque, William Pitt et Frédéric le Grand, s’unissaient pour une lutte désespérée contre la France, Louis XV, sa cour et son conseil étaient moins occupés de la guerre étrangère que de querelles intérieures, dignes du Bas- Empire.

Le gouvernement, pour mettre fin à la guerre des billets de confession, avait en vain renoncé aux réformes financières de Machault. La portion la plus ardente du clergé, l’archevèque de Paris en tête, avait considéré comme une sorte de simonie l’accord conclu entre le ministère et le cardinal de La Rochefoucauld, président de l’assemblée du clergé. Get accord n'avait pas été un moment respecté, et les refus de sacrements, et, par suite, les arrêts des parlements, avaient recommencé dès l’automne de 1754. La cour, cette fois, prit parti contre les gens d'Église, et plusieurs prélats, et l'archevêque de Paris lui-même, furent exilés dans leurs maisons de campagne. Le parlement de Paris frappa d’un exil moins bénin un curé et quelques prêtres de paroisse, qu’il condamna, comme séditieux, au bannissement perpétuel. Il voulut pousser son avantage et prendre l'offensive contre la bulle Unigenitus. Un arrêt du 18 mars 1755 reçut le procureur général appelant comme d’abus de l'exécution de la bulle, « notamment en ce qu'aucuns ecclésiastiques prétendent lui attribuer le caractère de règle de Ci». Le conseil, comme on devait s’y attendre, cassa l’arrêt #2 perlement, qui continua ses démêlés avec la Sorbonne et avec l'assemblée du clergé, réunie de mai à octobre

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