‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 277 sur 327 · CHUTE DE MACHAULT ET D’ARGENSON · texte numérisé non relu

CHUTE DE MACHAULT ET D’ARGENSON

pleix fut un grand malheur pour la France : cela dit tout sur l’'abîme où roulait le gouvernement! La Pompadour, satisfaite de cette victoire, eût consenti à se réconcilier avec le comte d’Argenson : elle lui fit des avances, qu’il accueillit avec une hauteur imprudente; elle envoya rejoindre Machault. Le roi abandonna d’Argenson, soit parce qu’il avait montré trop d’empressement auprès du dauphin le jour de l'assassinat, soit pour une lettre interceptée, et peut-être supposée par la Pompadour, dans laquelle d’Argenson parlait peu respectueusement de Louis (1° février 1757). Les ministères de la guerre et de la marine passèrent à des nullités pitoyables, et l'instabilité devint telle à la marine et aux finances, qu’on peut à peine se rappeler les noms des obscurs personnages que l’intrigue et le caprice appelèrent tour à tour pour quelques mois à une ombre de pouvoir. La marine tomba, en 1758, à un ancien lieutenant de police, Berryer, qui passait pour avoir appris les intérêts de l'État en pourvoyant le Parc-aux-Cerfs, en espionnant et en distribuant des lettres de cachet pour le compte de : madame de Pompadour ‘. La Pompadour régnait et gouvernait; c'était là l’unique adversaire qu’opposât le gouvernement français à Frédéric et à William Pitt. L'homme d'esprit qu’elle venait de faire ministre d’état, en reconnaissance de ce qu’il lui était resté attaché pendant la crise, et qu’elle fit bientôt ministre des affaires étrangères (en juin 1757), l'abbé de Bernis, eût pu lui donner d’utiles avis, mais elle ne voulait qu’un instrument et non un conseiller ; Bernis ne tarda point à l’éprouver.

Le bénéfice du retour populaire était déjà perdu pour le roi. Louis n'avait pas su saisir le premier moment d'émotion pour satisfaire l'opinion et transiger avec le parlement, et il ne sut pas davantage tenir rigueur jusqu’au bout, en sorte qu'il n'eut les avantages ni de la douceur ni de la force. Il fit emprisonner huit membres du parlement de Franche-Comté et deux membres du parlement de Bretagne; la justice resta suspendue plusieurs mois à Paris, à Rouen, à Rennes, à Besançon, à Pau, etc. Louis voulait rendre leurs offices à la plupart des membres démissionnaires du parlement de Paris, pourvu qu’il les redemandassent, mais tenir pour valables les démissions des seize meneurs exilés. Les

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