SECOND TRAITÉ AVEC L’AUTRICHE
sides au grand-duché de Toscane, c’est-à-dire à l'Autriche. La France promet ses bons offices pour assurer Modène à l'Autriche. Marie - Thérèse s’emploiera, lors de la paix, pour faire céder Minorque par l’Angleterre à la France et pour faire délivrer Dunkerque de ses entraves. (Ce n’est qu’une promesse de bons offices, et non pas une clause obligatoire comme pour la Silésie.) La France secondera l’élection de l’archiduc Joseph, fils de l’empereur François I et de Marie-Thérèse, à la dignité de roi des Romains‘.
Les parts étaient assignées , en admettant que la Russie ne demandât pas la sienne, chose peu vraisemblable; il s'agissait maintenant de les prendre. Au mois d'avril, les armées étzient de tous côtés en mouvement. Quatre-vingt mille Français, aux ordres du maréchal d’Estrées?, envahissaient les domaines prussiens du Bas-Rhin, quelques autres troupes françaises se rassemblaient en Alsace pour se porter dans l'Allemagne centrale. Les Autrichiens se concentraient en Bohème; les Suédois, de Stralsund et de Rügen, menaçaient la Poméranie prussienne, et une masse formidable de Russes avançaient lentement par la Lithuanie vers la Prusse. La république de Pologne avait bien pu refuser de prendre part à la guerre, mais elle n’était pas en état de fermer son territoire aux parties belligérantes. Frédéric était en Saxe avec le gros de ses forces, faisant face aux Autrichiens; un corps d'armée prussien s’apprêtait à défendre la Prusse royale contre les Russes. Frédéric eût souhaité que l’armée hanovrienne, rassemblée en Westphalie sous le duc de Cumberland*, défendiît le Bas-Rhin contre les Français. Les Hanovriens prétendirent ne pouvoir tenir que sur le Weser, rivière beaucoup moins avantageuse à disputer que le Rhin. Clèves, Gueldre, Wesel, puis la Westphalie presque entière, furent donc évacués à peu près sans coup férir, à mesure qu’avançait le maréchal d’Estrées, général plus circonspect et plus lent qu’il n’eût fallu devant un adversaire inférieur en nombre; Cumberland ne comptait qu’une cinquantaine de mille hommes.
1. Garden, Hist. des Trailés de paix, t. 1V, p. 39-44, et 349. 2. C'était un Le Tellier. Il ne tenait aux d’Estrées que par les femmes. 3. Elle se composait des troupes allemandes revenues d'Angleterre et de nouvelles
levées.
L'armée française s’étendit sans obstacle depuis la Hesse jusqu’à
l'Ost-Frise; la guerre fut poussée mollement de ce côté, et il n’y
eut pas, durant près de quatre mois, une seule action remaruable (avril-juillet).
La guerre de Bohème offrit un terrible contraste avec celle de Westphalie; Frédéric avait, comme à son ordinaire, saisi l’offensive : quatre corps prussiens avaient débouché brusquement de Saxe et de Silésie en Bohême, dans la seconde quinzaine d’avril, et s'étaient rejoints devant Prague. Le prince Charles de Lorraine, frère de l’empereur, et le feld-maréchal Braun, qui couvraient Prague avec la principale armée autrichienne, forte de soixantedix mille hommes, n’eurent pas le temps de recevoir un second corps d'armée que le feld-maréchal Daun amenait à leur secours : Frédéric les assaillit à nombre à peu près égal, et les força dans leurs positions après un immense carnage (6 mai). Ce fut la journée la plus meurtrière qu’on eût vue depuis Malplaquet. Quarante mille Autrichiens se rejetèrent dans Prague; douze mille autres, coupés d’avec le gros de leur armée, rejoignirent le maréchal Daun : le surplus était mort ou pris. Frédéric détacha un corps d'armée pour contenir Daun et, avec le reste, bloqua les vaincus dans Prague. Il ne pouvait forcer une armée entière dans cette grande ville : il essaya de réduire Prague par famine. Au bout de quelques semaines, l’armée bloquée commençait, en effet, de souffrir beaucoup; mais l’autre armée ennemie, celle de Daun, grossissait d’une façon alarmante. Frédéric prit un parti téméraire. Il alla renforcer en personne le corps beaucoup trop faible qui tenait Daun en échec vers Kolin, à une quinzaine de lieues de Prague, et attaqua Daun dans une forte position, avec trente-cinq mille hommes contre soixante mille (18 juin)‘; il fut battu avec une très-grande perte. Grâce à la lenteur des Autrichiens, ce grave échec ne devint point un désastre, et Frédéric
1. Un corps saxon faisait partie de cette armée. Une grande partie des Saxons enrôlés de force par Frédéric, à Pyrna, avaient déserté. — Ce fut dans la journée de Kolin que Frédéric dit à ses soldats hésitants ce mot famenx : « Croyez-vous donc toujours vivre? » — Sur toutes les campagnes de Frédéric, V. son Hist. de la guerre de Sept Ans, t. I-IT, et les Mémoïres de Napoléon, t. VII. Napoléon fait la critique de
tes les opérations de Frédéric. C'était le seul commentateur qui pût dominer un sujet.