BATAILLE DE HASTENBECK
eut le loisir de lever le blocus de Prague et de se retirer vers la Saxe en bon ordre.
Tandis que Frédéric était chassé de la Bohème, ses alliés n’avaient pas une meilleure fortune dans la Basse-Allemagne. Un choc eut lieu enfin, le 26 juillet, entre le maréchal d’Estrées et le duc de Cumberland. Les Hanovriens se couvraient du Weser; les Français passèrent ce fleuve et tournèrent l'ennemi entre Hameln et Hastenbeck. La droite française, commandée par notre meilleur général, par Chevert, enleva des hauteurs occupées par la gauche ennemie; d’Estrées avançait avec le centre, quand un homme destiné à un grand renom militaire, le prince Ferdinand, frère du duc de Brunswick, se glissa par les bois, avec quelques bataillons, entre la droite de Chevert, qui n’était pas suffisamment appuyée, et le gros de l’armée française. La confusion était déjà dans l’armée et d’Estrées crdonnait un mouvement en arrière, lorsqu'on reconnut que Ferdinand n'était pas soutenu et que Cumberland était en pleine retraite. Le lendemain, d'Estrées recut un courrier qui lui apportait son rappel; la cour, impatientée de ses lenteurs, lui envoyait pour successeur le héros de Mahon: l’on ne devait pas gagner au change.
Richelieu devait sa nomination au vieux Pâris Duvernei, munitionnaire général, que son esprit fertile en idées et en ressources rendait le conseiller nécessaire de tous les gouvernants. Duvernei avait l'oreille de la Pompadour comme celle du comte d’Argenson; vrai ministre de la guerre sans titre, il avait séduit la favorite et le roi par un plan magnifique pour accabler le roi de Prusse en deux campagnes : on devait cerner Frédéric à la fois par l’Elbe et par l’Oder : la grande armée française, passée sous les ordres de Richelieu, après avoir écrasé les Hanovriens, se porterait sur Magdebourg; un second corps de vingt-cinq mille hommes, commandé par le prince de Soubise, ami intime de la Pompadour, joindrait l’armée des cercles de l'Empire, à peu près d’égal nombre, et enlèverait la Saxe électorale : les Russes et les Suédois se réuniraient au cœur de la Poméranie et du Brandebourg. Aux Autrichiens, d'emporter la Lusace et la Silésie.
Le succès semblait probable : la grande armée française, déjà très-supérieure à l'ennemi sous d’Estrées et encore renforcée
sous Richelieu, poussa devant elle Cumberland, qui, au lieu de se replier vers le moyen Elbe et les Prussiens, recula au nord vers le Bas-Elbe, s’écartant chaque jour davantage de ses alliés. Hanovre, Brunswick, Verden, Bremen, furent occupés par les Français. Le corps de Soubise, parti d'Alsace, se réunit en Thuringe aux contingents des cercles commandés par le prince de Saxe-Hildburghausen, menaçant l’électorat de Saxe (fin août). Les Russes arrivaient en ligne avec soixante à quatre-vingt mille hommes; mais, au lieu de pousser, comme on le souhaitait, droit à l’Oder, ils envahirent le royaume de Prusse. Le maréchal prussien Lehwald les assaillit hardiment à Jægerndorf, avec une armée inférieure des deux tiers; il fut repoussé (30 août). Quinze mille Suédois, cependant, étaient débarqués en Poméranie; les Autrichiens étaient en Lusace et à l'entrée de la Silésie. Frédéric laissa le gros de ses troupes au prince de Brunswick-Bevern pour tenir tête aux Autrichiens, et courut en Saxe avec un faible Corps, afin d'arrêter les Franco-Impériaux. Il reçut, en arrivant aux bords de la Saale, une funeste nouvelle : le duc de Cumberland, acculé par les Français au Bas-Elbe, près de Stade, venait de capituler avec toute son armée; une convention signée à Kloster-Zeven le 8 septembre, par la médiation d’une puissance neutre, le Danemark , avait stipulé la cessation des hostilités entre les Français et les Hanovriens, le renvoi des auxiliaires hessois, brunswickoiïs, etc., dans leurs pays respectifs, et la retraite des Hanovriens par delà l'Elbe, dans le duché de Lauenbourg, la garnison de Stade exceptée. «
Frédéric eut un moment de désespoir; il se sentait près d’être étouffé entre tant d’ennemis. Il voyait Richelieu libre de joindre Soubise et Hildburghausen, déjà très-supérieurs au COrps prussien qui leur était opposé; il voyait Daun beaucoup plus fort que Bevern, la Prusse et la Poméranie envahies, les partis autrichiens courant déjà le Brandebourg; un gros détachement pénétra jusqu’à Berlin et mit à contribution cette capitale sans défense. La pensée du suicide vint à Frédéric; il l'exprima dans une Épître au marquis d'Argens, qui est peut-être le plus singulier monument de son étrange caractère; c’est un mélange de lamentations, de bravades héroïques, de maximes matérialistes, d'appels