‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 285 sur 327 · ROCHEFORT. CANADA · texte numérisé non relu

ROCHEFORT. CANADA

ral français n’en sut pas profiter pour poursuivre et achever cette flotte ruinée, et bientôt une cruelle épidémie, qui éclata sur nos vaisseaux à leur retour à Brest, nous fit autant de mal que la tempête en avait fait à l'ennemi.

Le gouvernement avait fait ce qu'il devait pour la défense de Louisbourg : il n’en était pas de même quant à ce qui regardait le continent canadien. Le gouverneur et le général, Vaudreuil et Montcalm, avaient demandé cinq mille hommes de renfort : on leur en expédia quinze cents. Le ministère s’effrayait de voir la dépense du Canada montée d’un million par an à sept ou huit, et s’accroître encore : ces déserts glacès coûtaient trop cher à défendre! Il valait bien mieux, sans doute, donner 50 millions à Marie-Thérèse, aux Russes, aux princes allemands, et en dépenser 100 pour une armée destinée à remettre l'Allemagne sous le joug autrichien, que la France avait eu autrefois tant de peine à briser ! Les défenseurs du Canada ne se découragèrent pas, et la campagne de 1757 ne leur fut pas moins honorable que les précédentes. Quand ils virent que les Anglais portaient leurs principales forces contre Louishourg, ils saisirent l'offensive vers la frontière de New-York; Montcalm assaillit et prit le fort William-Henry, que les Anglais avaient élevé à la tête du lac du Saint-Sacrement, et qui inquiétait le lac Champlain et la route du Canada central (août 1757).

Chaque victoire n’était qu’un répit pour cette vaillante colonie assaillie par des ennemis toujours renaissants. Le plus cruel de ces ennemis était la misère. La récolte avait manqué : le Canada tout entier souffrait de la faim ; habitants et soldats étaient réduits à la ration comme dans une ville assiégée", et une administration civile, aussi corrompue et aussi désordonnée que la direction militaire était ferme et généreuse, aggravait ces calamités au lieu de les soulager.

Cette année encore avait donc été peu favorable aux Anglais, si ce n’est dans l'Inde, dont nous parlerons tout à l'heure. Notre Compagnie des Indes avait continué ses lâches extravagances; mais on y avait envoyé une escadre qui pouvait encore réparer le mal.

1. Garneau, Hist. du Canada, t. III, c. 11. — Vie privée de Louis XV, p. 186. — Sainte-Croix, t. I, p. 260. — Contin. de Hume, 1. xx vit.

Pour la France, les commencements de la guerre avaient un caractère significatif : sur mer et aux colonies, de glorieux succès; sur le continent, une conduite déplorable et un échec ignominieux. On ne savait plus faire la grande guerre continentale; on pouvait soutenir la petite guerre coloniale, petite par le nombre des combattants, grande par les résultats et par le caractère des hommes d’élite qui s’y portaient. La Providence semblait nous arrêter de la main et nous faire signe où il fallait combattre!

On ferma les yeux et les oreilles; on s’acharna sur le continent et on négligea la mer. Ce roi, si pressé de faire la paix en 1748, si désireux ensuite de la maintenir au prix des plus absurdes, des plus honteuses concessions à l’Angleterre, ne rêvait plus que guerre à outrance et se refusa, durant l'hiver, aux ouvertures de paix tentées par le roi de Prusse. C’est que les Anglais ne menaçaient que la France, tandis que Frédéric avait froissé la personnalité de Louis XV. Les intentions du gouvernement furent suffisamment caractérisées par ceci, que l’on plaça au ministère de la guerre l’homme le plus considérable que l’on put trouver, le vieux maréchal de Belle-Isle (29 février 1758), et que la‘ marine resta dans les mains d'hommes de paille qui se succédaient au hasard.

Les Anglais, pendant ce temps, faisaient des efforts prodigieux, à la fois sur mer pour atteindre leur véritable but, et sur terre pour détourner et absorber les forces de la France. Le bon ordre de l'administration suffit à ce double emploi. Le parlement, assemblé en décembre 1757, avait voté soixante mille hommes pour l’armée de mer, cinquante-quatre mille pour l’armée de terre et près de 10 millions et demi sterling pour le budget de 1758 : la dépense réelle, réglée par le comité des voies et moyens, monta plus haut encore, et dépassa 11,700,000 livres sterling (près de 277 millions). Un traité du 11 avril 1758 assura au roi de Prusse un subside de 670,000 livres sterling (près de 17 millions), subside qui fut ensuite renouvelé d’année en année. Le public, rempli d'enthousiasme pour William Pitt, couvrait à l'instant les emprunts ouverts par le ministère. La dette anglaise atteignit cette année le chiffre de 87,367,210 livres sterling. Pitt ne négligea rien pour trouver des agents capables de réaliser ses

Page 1