‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 287 sur 327 · GUERRE DE PRUSSE · texte numérisé non relu

GUERRE DE PRUSSE

les Russes marcheraient sur la Poméranie et le Brandebourg,. pendant que les Autrichiens, maîtres de la Silésie, reprendraient la Saxe. La grande victoire de Frédéric à Leuthen, en décembre: 1757, avait renversé cette combinaison. Frédéric résolut de ne pas laisser les Auirichiens se refaire sur sa frontière et de les occuper au loin chez eux, pour pouvoir ensuite se retourner contre les Russes. Malgré le typhus qui lui avait enlevé une multitude de soldats, il avait remis son armée au complet pendant l'hiver. À la mi-mars, il entra en campagne, assiégea et reprit: Schweidnitz, ce qui acheva de débarrasser la Silésie (mi-avril), puis il fondit sur la Moravie (mai).

Le but de l’expédition était de prendre Olmütz, afin que les. Autrichiens usassent la campagne à le reprendre et que, pendant ce temps, Frédéric eût les mains libres. L'entreprise n’était pas. heureusement conçue : les Prussiens, si redoutables sur le champ. de bataille, étaient encore faiblement organisés quant au génie et à l'artillerie de siége, armes qui n’avaient atteint leur perfection qu’en France; la résistance d’Olmütz donna le temps au feldmaréchal Daun de reformer une armée supérieure en nombre à. celle de Frédéric et de bloquer, en quelque sorte, les assiégeants. Frédéric fut réduit à lever le siége (1° juillet). Il répara ses. fautes avec génie. Tandis que Daun l’attendait dans les montagnes qui séparent la Moravie de la Silésie, il opéra sa retraite par la Bohème, enlevant sur son passage les magasins de l’ennemi. Il rentra en Silésie par l’autre bout de la province, laissa le gros de son armée à un de ses lieutenants pour contenir les Autrichiens et, avec un fort détachement , courut joindre le corps. d'armée prussien qui disputait péniblement le terrain aux Russes. Les Russes, maitres du royaume de Prusse, avaient voulu occuper militairement Dantzig et la Prusse polonaise, quoique la Pologne fût parfaitement étrangère à la guerre. La diplomatie française avait détourné le coup, et les Russes s'étaient avancés par Posen dans le Brandebourg. Ils reculèrent à l’approche du roi de Prusse Frédéric avait environ trente-cinq mille hommes. Le général Fermor, sur près de soixante-dix mille soldats que comptait l’armée russe, n’en avait que quarante mille sous la main. Frédéric attaqua en toute hâte à Zorndorf (25 août). Quelques fausses ma-

nœuvres, qui compromirent d’abord la journée, furent réparées par l’admirable cavalerie du général Seidlitz : les Russes furent défaits et rejetés hors du Brandebourg. Les Prussiens vengèrent, par un terrible carnage, les atrocités commises dans leur patrie par les hordes cosaques et moscovites. Frédéric, malgré l'échec d'Olmütz, avait de la sorte atteint son but.

Les Russes chassés, Frédéric se rejeta sur les Autrichiens, qui, réunis aux contingents de l'Empire, étaient sur le point d’accabler la principale armée prussienne en Saxe. Frédéric dégagea ses troupes : le maréchal Daun se porta en Lusace, pour tâcher de couper les Prussiens d'avec la Silésie et de couvrir de loin le siége de Neisse, qu’allait entreprendre un corps de réserve autrichien. Frédéric, dans le cours des opérations, prit à Hohenkirchen un camp dominé par des hauteurs et par des bois : il ne pensait pas que le circonspect Daun osât jamais l’attaquer. Ce mépris de l'ennemi fut rudement châtié. Lès Autrichiens cernèrent et enlevèrent le camp du roi de Prusse, qui perdit beaucoup de monde et presque toute son artillerie (15 octobre). Frédéric n’était jamais plus grand qu'après un revers : il fit, vaincu, ce qu’il eût pu faire, vainqueur : à l’aide d’un renfort qui lui vint de Saxe, il manœuvra si bien, que Daun ne put lui fermer la route de la Silésie, et qu’il alla faire lever le siége de Neisse et débarrasser encore une fois la Silésie des Autrichiens (5 novembre). De là, il retourna comme la foudre sur l'Elbe, où Daun menaçait Dresde : les Autrichiens furent rejetés de Saxe en Bohème (fin novembre), et cette longue campagne, où la coalition avait déployé de si grandes forces, se termina sans autre perte pour Frédéric que celle de la province de Prusse, qui n'avait point été défendue et qui était trop éloignée pour qu'il y pût porter ses armes. Ses ennemis étaient aussi impuissants à lui arracher la Saxe que la Silésie.

L'effet moral des deux premières années de la guerre continentale fut, en France, un tel dégoût pour le gouvernement et pour ses alliés, qu'on eût dit qu’il ne s'agissait pas des armes françaises. L'opinion était prussienne à Paris, moitié engouement pour Frédéric et pour Ferdinand de Brunswick, moitié instinct que la victoire serait un malheur pour la France dans cette guerre

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