‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 289 sur 327 · LE BENGALE AUX ANGLAIS · texte numérisé non relu

LE BENGALE AUX ANGLAIS

parce que les Anglais l’avaient violé presque aussitôt que conclu, en intervenant dans le Maduré pour le compte de leur nabab de Carnatic. Bussi resta donc dans le Dekhan; c’était le point capital et tout pouvait encore se réparer. L'année 1756 offrit aux Français la plus belle occasion de reprendre les plans de Dupleix. Le soubahdar mogol du Bengale, s'étant brouïillé avec les Anglais, assiégea et prit d'assaut Calcutta, et les chassa de tout le Bengale {juin 1756). Une des trois présidences anglaises de l’'Indoustan, la mieux située pour le commerce et pour l’action politique, était ainsi anéantie. La Compagnie anglaise des Indes se résolut aux derniers efforts pour recouvrer Calcutta et rétablir son influence dans le Bengale. Clive fut mis à la tête d’une expédition armée à Madras. Clive revenu et Dupleix parti, c'était l'emblème de la fortune des deux nations rivales. L’escadre anglaise entra dans le Gange à la fin de l’année et reprit Calcutta dès le ?2 janvier 1757. Le soubahdar accourut avec un corps d’armée et réclama le concours des Français de Chandernagor; mais l'esprit de Godeheu régnait parmi les agents de la Compagnie. Le conseil de Chandernagor, bien qu’il sût la guerre déclarée entre la France et l’Angleterre, caressait encore l’imbécile espoir de la neutralité de l'Inde; au lieu de soutenir les Mogols, il convint avec Clive de s’interdire réciproquement toute hostilité dans le Bengale. Le soubahdar fit la paix avec les Anglais et leur rendit leurs comptoirs et leurs priviléges. Clive, alors, se retourna contre Chandernagor, sans se soucier des conventions de neutralité. L’escadre anglaise vint s’'embosser à portée de pistolet des remparts, qu’elle écrasa de son feu. Il fallut capituler (14 mars). Les Français, à leur tour, furent expulsés du Bengale.

Ce n’était là, pour Clive, qu’un point de départ. Aussi peu scrupuleux envers les Mogols qu’envers les Français, il fomenta une révolte contre le soubahdar du Bengale, rompit avec lui, le battit, le renversa et le remplaça par le chef de la révolte (fin juin). Dès lors, le Bengale fut aux Anglais. Ce fut là véritablement la fondation de l'empire anglais dans l’Inde. Clive avait compris et appliquait au profit de l'Angleterre le système de Dupleix. Rien n’était décidé, néanmoins, tant que Bussi restait dans le Dekhan. En ce moment même, appelé trop tard au secours par le soubahdar du

Bengale, il enlevait aux Anglais Visigapatam, Madapolam et leurs autres comptoirs de la côte d’Orissa, et se rendait entièrement maître des provinces maritimes que lui avait données en fiefs le soubahdar du Dekhan, et qui séparent le Bengale de la côte de Coromandel.

Les hostilités avaient recommencé dans le Carnatic, de 1756 à 1757. Les Français reçurent, dans l’été de 1757, quelques renforts qui leur donnèrent la supériorité, grâce à l’éloignement de Clive. Ils prirent plusieurs forts aux environs d’Arcate et de Madras même. Machault, avant de tomber du ministère, avait fait décider l'envoi d’une escadre dans l'Inde. Cette escadre, partie de Brest en mai 1757, arriva sur la côte du Carnatic seulement à la fin d'avril 1758. Elle apportait un nouveau gouverneur. Au lieu de renvoyer Dupleix ou de choisir Bussi, on expédiait le comte de Lally-Tolendal, fils d’un réfugié irlandais, très-brave officier, mais dénué de tout esprit politique, absolumènt ignorant des choses de l'Inde et trop entêté et trop emporté pour se donner la peine de les apprendre. Son système était celui de La Bourdonnais, empiré par l'ignorance et l’obstination : s'attacher exclusivement à détruire les établissements anglais, avec un mépris brutal pour toute diplomatie et pour toute alliance indigène. On avait accordé à cet homme les ressources que Dupleix n'avait jamais eues à sa disposition de 1747 à 1754. Lally put agir par terre et par mer. Il débuta par mettre le siége devant Saint-David, pendant que l’escadre, aux ordres du comte d’Aché, livrait un combat naval aux Anglais revenus du Gange. Les Anglais avaient sept vaisseaux de cinquante à soixante-six canons; les Français cinq vaisseaux de cinquante à soixante-quatorze et trois frégates de trente-six à quarante-quatre'. Les Français perdirent plus de monde; mais les bâtiments anglais souffrirent davantage (29 avril 1758). Les Français atteignirent leur but, puisque leurs adversaires ne purent troubler le siége de Saint-David, qui se rendit le 1* juin. Dévi- Cotah ouvrit aussi ses portes.

C'était un beau début. Dupleix, faute de vaisseaux, avait naguère échoué devant Saint-David. Mais, déjà, la conduite de

1. Presque tous ces bâtiments appartenaient à la Compagnie des Indes,

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