CHOISEUL
hauteur du courage et par la haine du bas et du médiocre : il souhaitait sincèrement que la France se relevât, pourvu que ce fût par sa main. (eût été partout un homme remarquable; devant les pygmées de la cour de Louis XV, c'était une espèce de grand homme. Il est surprenant que Louis XV, si malveillant envers toutes les supériorités, ait accepté un homme qui, dès son entrée dans le conseil, fut un premier ministre de fait sous la reine Pompadour. Le soupçon que Bernis visait à devenir premier ministre avait, autant même que son opposition à la guerre, contribué à décider sa chute.
Choiseul signa, pour sa bienvenue, un nouveau traité secret avec l'Autriche (30 décembre 1758). Bernis avait dernièrement obtenu que le subside promis par la France à Marie-Thérèse fût réduit de plus de moitié. Ge subside fut fixé à 288,000 florins (576,000 fr.) par mois; la France s’engageant à continuer de tenir cent mille hommes sur pied en Allemagne, plus à payer seule et le corps saxon qui servait les alliés et le subside des Suédois. 11 fut convenu que Wesel, Gueldre, les pays conquis sur le roi de Prusse dans la Basse-Allemagne, seraient administrés au nom de l’impératrice-reine; c’est-à-dire que les conquêtes françaises du Bas-Rhin appartiendraient à l’Autriche! Le reste confirmait les pactes antérieurs*.
Ce début semblait annoncer que le protégé de l’empereur François de Lorraine et de Marie-Thérèse se traînerait servilement dans l’ornière où l’on avait enfoncé le gouvernement de la France. Il n’en fut rien. Les engagements qu’on venait de renouveler avec l'Autriche furent remplis; mais Choiseul avait compris l'absurdité des espérances fondées sur l'invasion du Hanovre, dûtelle finalement réussir, et, tout en faisant continuer la guerre dans l’ouest de l'Allemagne, il embrassa le hardi projet de saisir l'Angleterre corps à corps et de l’attaquer chez elle, projet que Machault avait conçu le premier et que prônait le maréchal de Belle-Isle. Le succès d’une descente, opérée avec tout ce que la France pourrait concentrer de forces, lui parut moins improbable que celui d’une guerre poursuivie au loin sur les mers avec des escadres presque partout inférieures de moitié à l'ennemi.