‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 294 sur 327 · Mém, de Duclos, p. 688. — Wenck, t. II, p · texte numérisé non relu

Mém, de Duclos, p. 688. — Wenck, t. II, p

dk LOUIS XV. [1759]

Dès les premiers mois de 1759, de grands préparatifs eurent lieu dans nos ports de l'Océan et de la Manche. On construisit, à Dunkerque, au Havre, à Brest, à Rochefort, une multitude de bateaux plats destinés au transport des troupes. Deux fortes escadres, armées à Toulon et à Brest, devaient se réunir pour convoyer l'expédition, ou plutôt, les expéditions, car on projetait de descendre à la fois en Écosse et en Angleterre. Le dessein était beau; mais à quelles mains en devait être confiée l'exécution! C'était le duc d’Aiguillon, vainqueur malgré lui à Saint-Cast, qui devait conduire les douze ou quinze mille hommes destinés pour l'Écosse; c'était le vaincu de Rosbach, Soubise, qui devait commander, par la grâce de la Pompadour, les cinquante mille conquérants de l'Angleterre! On verra tout à l'heure ce que valait le commandant de la flotte de Brest, le comte de Conflans, qu'on avait fait récemment maréchal de France, parce que le titre de vice-amiral n’était point apparemment digne de lui. Choiseul pouvait bien rêver les grandes choses; mais il ne lui était pas permis de choisir les instruments capables de les réaliser : ce qui n’eût été qu’audacieux dans une autre situation, devenait insensé.

Choiseul, cependant, suivit son idée avec passion et s’efforça de s'assurer la coopération des états maritimes. Il n’y eut pas moyen d'entraîner la timide Hollande, tout irrité qu’elle fût des violences de l’Angleterre contre sa marine marchande. On ne réussit pas davantage auprès de l'Espagne, même par l'offre de Minorque. La politique de Ferdinand VI, absolument opposée à celle de son père et surtout de sa belle-mère, la fameuse Élisabeth Farnèse, était la paix et la neutralité. M. Pitt avait, de son côté, offert inutilement de rendre à l'Espagne Gibraltar si elle aidait l'Angleterre à recouvrer Minorque. Choiseul espéra être plus heureux auprès de la Russie et de la Suède, qui, toutes deux engagées dars l'alliance française sur le continent, concluaient, en ce moment même, un pacte remarquable pour assurer la paix de la Baltique‘. Choiseul eût voulu faire descendre en Écosse

1. 9 mars 1759. — Les deux puissances s'engagent à résister à quiconque voudra troubler le commerce maritime. Elles ne prohibent que la contrebande de guerre et je commerce avec Les gorts prussiens actuellement bloqués. A cela près, le commerce

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aouze mille Russes et douze mille Suédois. Mais la Russie ne vou-

tait nullement s'engager dans une lutte directe contre l’Angle-

terre, qui la tenait dans sa dépendance commerciale en lui ache:. tant ses matières premières. La Suède était dans le même cas,

relativement au commerce du fer et des bois de construction. Le

président du sénat suédois, qui était le vrai chef du gouvernement

depuis l’abaissement de la royauté, donna des espérances à Choi-

seul, mais traîna l'affaire en longueur. Pendant ce temps, le sort

des projets de Choiseul fut décidé !,

Les Anglais n’attendirent pas dans leurs ports l'invasion qui les menaçait. Dans les premiers jours de juillet, une des cinq escadres qu'ils tenaient à la fois sur nos côtes bombarda le Havre, mais sans grand dégât, et ne réussit pas à brûler les bateaux de transport ?. Une escadre plus nombreuse, au mois de juin, avait insulté sans succès la rade et la côte de Toulon. Maltraitée par les batteries côtières, elle se retira à Gibraltar pour se radouber. L'escadre française de Toulon, commandée par M. de La Clue, ne profita pas de cette occasion pour tenter le passage du détroit. Ce fut seulement dans la nuit du 16 au 17 août qu’elle le traversa. Soit mauvaise manœuvre, soit fatalité, cinq de ses douze vaisseaux se séparèrent des autres et allèrent mouiller sous Cadix. Les sept vaisseaux restants, qui avaient pris plus au large, furent suivis et attaqués le lendemain par l’escadre de Gibraltar, forte de quatorze vaisseaux, sous les ordres de Boscawen. Le capitaine du Centaure, M. de Sabran, se sacrifia pour donner le temps à l'amiral d'opérer sa retraite : il se battit plusieurs heures seul contre cinq et ne se rendit qu’au moment où il allait couler bas. Ce dévouement ne sauva pas l’escadre. Le vaisseau amiral avait beaucoup souffert dans le combat : trois autres étaient moins bons voiliers que les Anglais, Ils furent rejoints le matin suivant. Ils

des sujets prussiens ne sera pas troublé, ni leurs marchandises capturées. C’est-àdire que l’on s’interdit la course. C'était le traité le plus avancé, comme droit des gens, qu’on eût encore fait, — Les deux puissances convenaient d’unir leurs escadres pour interdire l’entrée de la Baltique aux vaisseaux de guerre étrangers. Le Danemark et la France devaient être invités à accéder. Le Danemark accéda, le {7 mars 1760. Recueil de Martens, t. X, p. 36, 42.

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