‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 300 sur 327 · XV · texte numérisé non relu

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reculerait sur le reste. À chaque rencontre avec le parlement, la royauté perdait du terrain. Silhouette, voyant ses projets crouler, n'ayant rien à attendre des financiers qu’il avait si maltraités et ne sachant plus comment fournir à la solde des troupes, se jeta dans les expédients les plus désespérés et les plus funestes. Il suspendit, pour le temps de la guerre, le paiement des lettres de change enregistrées par les trésoriers des colonies, et, pour un an, le remboursement des anticipations sur les recettes générales et des billets des fermes; il viola les dépôts publics et ajourna à la paix les remboursements que devaient opérer le trésor royal et la caisse des amortissements; c’est-à-dire que tous les paiements furent suspendus, sauf ceux des rentes, qui intéressaient trop de monde '. C'était une dette exigible de 189 millions dont on se débarrassait temporairement par ce moyen expéditif (21 octobre); mais, par là, on porta le dernier coup aux malheureux Canadiens et l'on détruisit tout crédit à l’intérieur. Six banquiers qui, au commencement de l’année, avaient traité avec le roi pour avancer 3 millions et demi par mois à la marine et aux fortifications, et qu'on payait avec des rescriptions sur les recettes générales, furent obligés de demander un arrêt de surséance contre leurs créanciers. Les créanciers firent banqueroute, et, d'étage en étage, toutes les classes commerçantes furent bouleversées. L'envoi de la vaisselle du roi à la monnaie, avec invitation aux particuliers d’en faire autant, fut une bien pauvre ressource dans une telle crise. Le cri public éclatait contre Silhouette; on l’accablait de sarcasmes ? : la cour le sacrifia et lui donna pour successeur le lieutenant de police Bertin (21 novembre), qui trouva l'Épargne vide

1. Mercure hist., t. CXLVII, p. 538. — « Suspendre le paiement des rentes. occasionnerait une révolution. » Léttre du duc de Choiseul à l'ambassadeur de France à Madrid; ap. Flassan, t. VI, p. 279,

2. On fit des portraits à la Silhouette : c'étaient des ombres: des culottes à la Silhouette : elles n'avaient pas de poches. Vie privée de Louis XV, t. III, p. 226. — Tout ce qui avait été fait ou tenté de bon sous le ministère de Silhouette appartenait moins à ce contrôleur général qu'au chef de ses bureaux, au savant et patriote auteur des Recherches sur les finances de la France, Véron de Forbonnaïis. Entraîné dans la disgrâce de son ministre, Forbonnais se retira en province et acheta une charge de conseiller au parlement de Metz; il débuta par renoncer aux priviléges que lui conférait son nouvel office at soumit, par acte publie, ses propriétés à la taille,

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