‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 301 sur 327 · CRISES FINANCIÈRES · texte numérisé non relu

CRISES FINANCIÈRES

et les fonds de 1760 consommés d'avance. L'argent qui subvint aux premiers besoins fut prêté par le prince de Conti, puis par le roi lui-même, qui voulut bien avancer 2 millions de sa cassette privée. Bertin émit 3 millions de rentes viagères en forme de tontine, au capital de 30 millions, tira quelque argent des fermiers généraux, satisfaits de la chute de Sil! ouette, et transigea avec le parlement pour les édits bursaux de son prédécesseur. Les impôts sur le luxe et divers autres droits furent révoqués. Les quatre sous pour livre furent réduits à un seul; à la place de la subvention générale, on établit un troisième vingtième dans la forme des deux autres, c’est-à-dire avec les rachats, les abonnements, etc., qui allégeaient les charges des riches aux dépens des pauvres, et l’on doubla la capitation; on la tripla même pour les officiers de finances et gens d’affaires, le tout pour deux ans seulement, du moins à ce qu’on annonça‘. Le parlement, dont l’amour-propre avait reçu satisfaction, enregistra sans trop de difficultés (3 mars 1760 ).

Bertin chercha ensuite à faire renaître quelque peu le crédit en fixant des termes pour le remboursement des billets des fermes et de ceux sur les recettes générales, et en faisant recommencer les paiements, au moins partiels (11-17 mars). Le 18 mai, il émit un emprunt de 50 millions remboursable par séries en dix ans, les titres pouvant s’acquérir deux cinquièmes en argent et trois cnquièmes en effets royaux. Les effets royaux étant fort discrédités, c'était un grand avantage offert aux prêteurs. Avec de tels moyens on réussit, non pas à vivre, mais à ne pas mourir, à végéter au jour le jour.

Louis XV, lancé par les rancunes de sa favorite et les siennes propres dans une lutte désespérée, si contraire à sa nature, avait commencé, depuis quelque temps, à s’effrayer et surtout à se

asser. Bernis n’avait pas été sitôt renversé du ministère pour a voir paru trop pacifique, que le roi s’était montré moins opposé à la paix. Choiseul lui-même, une fois l'objet de son ambition atteint, avait fort tempéré son dévouement à l’Autriche. Il avait

1. Mercure hist, t. CXLVIII, p. 292. En 1761, ces augmentations d'impôts furent prorogées pour les années 1762 et 1763,

trop d'intelligence pour ne pas comprendre le vrai caractère de la situation !, et il eut assez d’habileté pour insinuer à la Pompadour, sans se l’aliéner, des vérités qui avaient perdu Bernis. Avant même les grands revers de 1759, on était donc convenu, à Versailles, que la paix était désirable; mais la marquise n’entendait point perdre l'affection de son amie, l'impératrice-reine. On résolut de ne point mêler les deux questions de la paix avec l’Angleterre et de la paix avec la Prusse, et l’on entreprit de faire décider ces deux questions, l’une par la médiation russe, l’autre par la médiation espagnole. La tzarine avait laissé entrevoir quelque fatigue de la guerre, et l’on espérait la porter sous main à devenir, de puissance belligérante, puissance pacificatrice. Quant à l'Espagne, le roi Ferdinand VI, hypocondre et maniaque comme son père Philippe V, et, comme lui, gouverné par sa femme, était mort le 10 août 1759 et avait eu pour successeur son frère consanguin , Charles IL, roi de Naples, qui, du consentement de l'Autriche, transmit son ancien royaume à son troisième fils ?, l'aîné étant idiot et le second devenant prince des Asturies. La cour de France attendait beaucoup plus de Charles que de Ferdinand; on comptait sur une médiation très-active et très-bienveillanté, avec menace d'intervention au bout.

On échoua du côté de la Russie. Les victoires des Russes, dans l'été de 1759, avaient changé les dispositions de cette cour, et Choiseul fut fort alarmé de recevoir un mémoire adressé aux cabinets de Versailles et de Vienne, en date du 26 octobre, par lequel la Russie ne demandait rien moins que la cession du royaume de Prusse (ou Prusse ducale), comme indemnité des frais de la guerre. Quelques mois après (21 mars 1760), l'alliance conclue pour vingt-cinq ans entre l’Autriche et la Russie en 1746 fut renouvelée pour vingt ans, ainsi que la clause de solidarité

1. V. sa lettre à l'ambassadeur de France en Espagne, du 24 décembre 1759. — « Nous sentons parfaitement... qu’il n’est pas de notre intérêt que le roi de Prusse soit totalement abîmé »; dans Flassan, t. VI, p. 132.

2. Le consentement de l'Autriche était nécessaire, parce que le traité d’Aix-la- Chapelle avait établi que, si le roi de Naples devenait roi d'Espagne, Naples passerait à l’infant duc de Parme, et Parme à l'Autriche. L’Autriche renonçait momentanément à Parme, par suite de ses traités avec la France. — Le nouveau roi de

Naples, enfant de huit ans, fut Ferdinand IV. le mari docile de Ia trop fameuse Caroline d'Autriche,

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