‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 306 sur 327 · M760-1761] SUPPLICE DE LALLY · texte numérisé non relu

M760-1761] SUPPLICE DE LALLY

le 25 octobre 1760 et avait eu pour successeur son retit-fils George LIL, jeune homme de vingt-deux ans. Un nouvel esprit entrait, par cet avénement, dans les conseils de la couronne d'Angleterre. George IL avait été, comme son père, un roi allemand, mais whig; George IT, étranger par sa naissance et son éducation au Hanovre, qu’il ne visita jamais, fut le premier roi vraiwent anglais de la dynastie, mais ce fut un Anglais tory, disposé à s'appuyer sur le vieux parti monarchique, sur ces jacobites qui, désespérant de voir jamais le retour des Stuarts, reportaient leur royalisme sur la dynastie usurpatrice. Lord Bute, le confident, le mentor du jeune monarque, ressemblait bien plus aux favoris des rois du continent qu’aux chefs des partis parlementaires anglais. Une influence rivale commença dès lors à miner sourdement la domination de Pitt. Le grand ministre whig entendait pousser la guerre jusqu’à ce que la France fût mise hors d'état de jamais relever sa marine. Le conseiller tory de George III encouragea la formation d’un parti de la paix, comme moyen d’abattre la puissance ministérielle, qui, appuyée sur le parlement, annulait l'autorité de la couronne.

Les conséquences de ces dispositions nouvelles ne pouvaient être cependant immédiates, et ce fut encore à William Pitt, dans la plénitude apparente de son pouvoir, que le cabinet de Versailles eut affaire.

La première forme de négociation projetée par Choiseul ayant manqué, il acceptait maintenant l'idée d’un congrès général, mais pourvu que les intérêts de la France et de l’Angleterre fussent traités à part, sauf à ne signer que le tout ensemble. Il eût voulu qu'un armistice coïncidât avec l'ouverture des conférences. L’Autriche s’y refusa; elle espérait un résultat décisif de la campagne de 1761 pour ce qui la concernait et se souciait peu des pertes et de l’épuisement de la France. Elle consentit aux négociations, ce qui ne l’engageait pas à grand’ chose, et, le 26 mars, une proposition de congrès fut adressée par la France et ses alliés à l’'Angleterre et à la Prusse, en même temps que des propositions particulières furent présentées à l'Angleterre par la France. Choiseul offrait à Pitt la base de l’uti possidelis sur le pied où se trouveraient les possessions respectives des deux nations aux Indes Orien-

tales le 1°" septembre 1761, en Amérique et en Afrique le 1** juillet, en Europe le 1% mai, sauf à débattre les délais proposés ou les échanges qui pourraient convenir. Pitt consentit à recevoir un ministre français et à envoyer un ministre anglais à Versailles, et il accepta l’uti possidetis (8 avrii); mais il fit attendre plus de deux mois la réponse positive sur les époques où l’on fixerait l’état des possessions. Il avait ses raisons. En ce moment même, une escadre anglaise débarquait douze mille soldats à Belle-Isle, à quatre lieues des côtes de Bretagne. Repoussés dans une première tentative de descente, le 8 avril, les Anglais furent plus heureux le 22, et la garnison, forte d'environ trois mille cinq cents hommes, fut obligée de se renfermer dans la ville du Palais et dans la citadelle de Belle-Isle. Le duc d’Aiguillon, gouverneur de Bretagne, n'avait fait à Belle-Isle ni les travaux ni les approvisionnements nécessaires , quoique les États de la pravince lui eussent offert tout ce qui dépendait d'eux. Il n’avait pas su davantage mettre à profit les quatorze jours écoulés entre la première et la seconde descente, et l’île ne reçut presque aucun secours, tandis que les Anglais étaient renforcés par une nouvelle escadre. La marine française ne donna pas signe de vie : les vaisseaux réfugiés dans la Vilaine avaient été désarmés; l'escadre de Rochefort et quelques vaisseaux qui restaient à Brest étaient bloqués par des forces supéricures. Le gouverneur de Belle-Isle, Sainte - Croix, et la plupart de la garnison, firent bravement leur devoir; après avoir fait essuyer d'assez grandes pertes à l’enneri, ils finirent toutefois par se voir enlever la ville d’assaut et par être obligés de capituler pour la citadelle (7 juin). Les Anglais restèrent maîtres d’un poste qui bloquait le Morbihan, la Vilaine et la Loire. Pour la première fois dans nos guerres modernes, ils reprenaient pied sur nos côtes! La résistance prolongée de Belle-Isle avait du moins préservé Lorient, le port de la Compagnie des Indes, que les Anglais ne furent plus en mesure d'attaquer avec chance de succès *. Belle-Isle conquise, Pitt offrit, pour l’uti possidetis, les dates

des 1® juillet, 1°° septembre et 1e novembre. Choiseul se résignia aux dates anglaises, proposa la cession et la garantie du Canada

1. Mercure historig., t. CL, avril, mai, juin; CLI, juillet, — Sainte-Croix, Hist, Le la Puissance navale de l'Angleterre, t. II, p. 317. — Mém, de Duclos, p. 658,

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