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PACTE DE FAMILLE

« n'étant pas juste qu’il continue d’enrichir les ennemis des deux souverains, pendant qu'ils se sacrifient pour l’avantage commun de toutes les nations maritimes. » Toutes les puissances maritimes pourraient accéder à la convention. Il n’est pas fait mention des avantages commerciaux que le projet de Choiseul demandait pour la France.

Le pacte et la convention furent tenus secrets.

La réponse officielle du calimet anglais à l’ultimatum du cabinet français arriva le 1° septembre. Pitt accordait à la France la petite île de Saint-Pierre, comme port sur la côte de Terre-Neuve, à condition que la France n’y pût élever de fortifications ni recevoir de vaisseaux étrangers, qu’elle y reçût un commissaire anglais et s’y soumit à l’inspection du commandant de l’escadre anglaise de Terre-Neuve. Il exigeait que la France restituât en Allemagne, non-seulement les territoires qu’elle occupait pour son compte, mais les places prussiennes qu’elle occupait pour le compte de Autriche. Il refusait toujours les vaisseaux pris avant la guerre.

Le cabinet de Versailles voulut donner tous les torts à son adversaire. Il envoya, le 9 septembre, un ultimatissimum, où il ne parlait plus ni des vaisseaux pris avant la guerre, ni des griefs de l'Espagne, acceptait l’île de Saint-Pierre, moins l'inspection du chef d’escadre anglais, et pourvu qu’on y ajoutât l’ilot voisin de Miquelon, subissait enfin presque toutes les exigences britanniques , sauf la restitution des places conquises au nom de l'impératrice-reine. Choiseul n’eût pas fait de telles propositions s’il eût cru qu’on les acceptât; mais il connaissait les dispositions de Pitt, qui n'avait fait ce qu’il appelait des concessions à la France que sous les obsessions de lord Bute. M. Pitt ne répliqua que par le rappel de l'ambassadeur anglais (20 septembre) ?.

Cette rupture fut suivie d’un grand événement. M. Pitt ne doutait pas de l'existence du pacte qui unissait la France et l'Espagne, et il projetait d'agir envers l'Espagne comme ses prédécesseurs avaient fait envers la France en 1755. En même temps qu'il rappelait l'ambassadeur anglais de Versailles, il exposa au cabinet

1. V. Flassan, t. VI, p. 314 et nuiv. — Wenck, t. III, p. 278. 2. Sur l’ensemble des négociations avec l'Angleterre et l'Espagne, V. Flassav, t. VI, p. 377-446; et Garden, t. IV, p. 74-193.

de Saint-James un vaste plan d'agression contre l'Espagne. On devait déclarer la guerre en interceptant les galions d'Amérique ; puis deux expéditions iraient, l’une faire la conquête de la Martinique, de la Havane et de Panama; l’autre, s'emparer des Philippines. Lord Bute, introduit par le roi dans le conseil depuis quelques mois, s’opposa formellement et au nouvel acte de piraterie proposé par Pitt et à toute déclaration de guerre à l'Espagne. Les autres ministres, secrètement hostiles au dictateur qui les courbait sous son joug impérieux, se rangèrent presque tous du côté de lord Bute. Pitt déclara que, appelé au pouvoir par la voix du peuple, il se regardait comme comptable envers le peuple de sa conduite, et qu’il ne pouvait accepter la responsabilité d’une administration qu’il ne dirigerait pas. Le roi accepta sa démission (5 octobre) !,

Il semblait que la retraite de l’implacable ennemi de la France dût amener la reprise des négociations. Le nouveau ministère, en effet, donna indirectement avis au cabinet de Versailles que le roi d'Angleterre était disposé à accueillir l’ultimatissimum de la France. Choiseul fit la sourde oreille. Il ne voulait pas de la paix à ce prix et il jugeait bien que le nouveau cabinet anglais n’oserait reculer au delà de lultimatissimum, de peur de soulever les passions de l'Angleterre. Il comptait, de son côté, sur les passions de la France, autant que sur l'alliance de l'Espagne. La perte de Belle-Isle, l’établissement des Anglais sur nos côtes, avaient remué la nation entière. Choiseul donna très-habilement l'impulsion à l'esprit public. IT engagea secrètement le cardinal de La Roche-Aiïimon, archevèque de Narbonne, à proposer aux États de Languedoc d'offrir au roi un vaisseau de guerre, comme ils lui avaient offert un régiment de dragons pendant la guerre de la Succession d’Autriche. La proposition fut votée d'enthousiasme (26 novembre). Un cri retentit d’un bout de la France à l’autre : J! faut relever la marine ! Le corps de ville de Paris, les six corps des marchands de Paris, les payeurs de rentes, les chevaliers de Malte , l'ordre du Saint-Esprit, les secrétaires du roi, les banquiers du roi réunis

1. Adolphus, continuateur de Hume et de Smollet, Règne de George III, 1. II, à

Coxe, ist, d’Espagne sous les Bourbons, t. IV, p. 458.— Viel-Castel, lord Chatam ; ap. Revue des Deux-ondes, t. XX VI, p. 707; 1844.

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