‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 311 sur 327 · FRÉDÉRIC ET PIERRE IIL · texte numérisé non relu

FRÉDÉRIC ET PIERRE IIL

la Grande-Bretagne. La tzarine Élisabeth mourut le 5 janvier 1762 et sa mort appela au trône son neveu, Pierre de Holstein, l’admirateur fanatique du roide Prusse, le prince dont l’influence avait rendu les généraux russes si hésitants dans leurs opérations contre Frédéric. Le héros prussien ne s’y fiait pas trop: il n’était pas de sympathie qui, pour lui, eût résisté à l'épreuve d’une belle province, et'il savait que l'Autriche avait garanti la Prusse à la cour de Pétershourg. Mais le nouveau tzar, Pierre HT, était une âme naïve qui se gouvernait par passion ou par caprice, et non par intérêt. Il repoussa avec mépris la proposition que lui fit faire lord Bute, de contraindre la Prusse à telle cession qu’il voudrait, conclut une trêve avec Frédéric le 16 mars, puis signa la paix dès le 5 mai, en s’engageant à évacuer sous deux mois tout ce que les armées russes avaient enlevé à la Prusse. À la paix succéda une alliance offensive, et, dès la fin de juin, les vingt mille Russes qui étaient restés avec l’armée autrichienne de Silésie en 1761 se joignirent aux Prussiens contre les Autrichiens. La Suède, qui avait fait en Poméranie une petite guerre sans succès et sans ardeur, s'était hâtée de faire sa paix à la suite des Russes.

Cette bizarre révolution présageait les plus grands désastres à l'Autriche. Dans sa conviction d’un succès assuré, elle avait d'avance, l'hiver passé, réduit de vingt mille hommes son armée afin de soulager ses finances, et maintenant une épidémie désolait ses troupes diminuées et découragées, en face d’un ennemi devenu supérieur et plein de confiance.

Une seconde péripétie, bien plus extraordinaire et d’une espèce qui ne se voyait qu'en Russie, sauva l'Autriche à son tour. Si, dans les états despotiques, le caprice d’un seul peut changer, du jour au lendemain, toute la politique d’un empire, ce n’est pas sans une responsabilité de fait souvent plus redoutable que la responsabilité légale des états libres. Pierre IT, aussi imprudent que passionné, n'avait pas compris les ménagements que lui imposait son origine étrangère envers une nation orgucilleuse, ignorante et ombrageuse. Il s'était aliéné le clergé, en réunissant ses terres au domaine, suivant le projet de Pierre I, et en prétendant l’obliger à prendre le costume des pasteurs luthériens et à enlever des églises les images des saints; le clergé, quoique fort abaissé

par le grand réformateur de l'empire, n’était point un ennemi à mépriser, si on lui donnait ainsi prétexte de faire craindre au peuple qu'on voulût rendre la Russie luthérienne. Pierre avait blessé les régiments des gardes, moins encore peut-être par la rigueur inusitée de la discipline à laquelle il les soumettait, que par son dédain manifeste pour tout ce qui n’était pas soldats prussiens ou tactique prussienne. Le projet qu’il annonçait de faire la guerre au Danemark pour venger les injures de sa famille, de la maison de Holstein, ne mécontentait pas moins les Russes, qui ne voyaient là qu’une querelle étrangère et qui eussent bien mieux aimé prendre la Prusse que le Holstein. Leur amourpropre national s'irritait profondément que leur tzar, leur empereur, se fit gloire du titre de lieutenant - général des armées prussiennes, demandé comme une faveur à Frédéric II. Ils s'étonnaient et s’indignaient que Pierre ne parût jamais dans leurs églises et s’abstint de se faire couronner à Moscou, selon les rites consacrés !.

Les éléments de révolte fermentaient de toutes parts. Il ne fallait qu’une tête à la conjuration de tout un peuple. Gette tète se trouva sur le trône même, à côté de Pierre III. Ce fut sa propre femme, Catherine d’Anhalt-Zerbst, petite-fille du fameux organisateur de l'infanterie prussienne. Cette femme au sang impétueux et à la tête froide, à la fois violemment sensuelle et douée d’un effrayant empire sur elle-même, avait les penchants des impératrices romaines les plus débordées, comme sa devancière Élisabeth de Russie, mais y alliait le génie profond, persévérant et implacable d’une Élisabeth d'Angleterre. Elle avait irrité son mari par des galanteries connues de toute la diplomatie européenne; elle soupçonnait Pierre III de songer à la répudier et à désavouer son fils au berceau (depuis Paul Ie). Elle se fit l’âme et le but du complot. Elle souleva les régiments des gardes : 1 mouvement donné entraîna tout; Pierre IX, cerné dans le chàteau d'Oranienbaum, abdiqua pour sauver sa vie; mais, quelques jours après, on annonça qu’il était mort d’une colique néphrétique. Il avait été, dit-on, empoisonné, puis étranglé par quatre

1. Frédéric II, Guerre de Sept Ans, t. III, p. 292. — Mercure historig,.t. CLIIT, p. 117s — Coxe, Hist, de la maison d'Autriche, c. CXVIL,

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