‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 312 sur 327 · CATHERINE IL · texte numérisé non relu

CATHERINE IL

hommes, dont le premier, Alexis Orloff, était le frère de l'amant de Catherine, et dont le second, Potemkin, devait remplacer cet amant. Le sénat de l'empire proclama Catherine, et la révolution, qui avait renversé le petit-fils de Pierre le Grand ‘ à cause de ses goûts étrangers, porta au trône une femme absolument étrangère à la Russie : un peuple de fanatiques acclama une souveraine incrédule, qui se déclara l’élue de la Providence *.

Nous verrons plus tard ce que devint ce règne redoutable, avec ses deux faces, l’une, de fanatisme national, tournée vers l'intérieur, l’autre, de philosophie incrédule et novatrice, tournée vers l'Europe, vers cette France surtout, dont les écrivains faisaient l'opinion de l'Europe. Catherine fut Frédéric II doublé du grand Ivan.

Le roi de Prusse fut comme frappé de la foudre aux nouvelles de Pétersbourg. Il se vit près de retomber dans l’abîme d’où il sortait à peine. Les premiers actes de Catherine à son égard semblèrent tout à fait hostiles. Catherine avait craint que Frédéric ne tournit contre elle, au nom de Pierre JE, le corps russe qui avait joint l’armée prussienne; mais Frédéric n’était pas homme à se compromettre pour un ami, et avait jugé d’ailleurs que tout effort pour sauver Pierre arriverait trop tard. Catherine, de son côté, voulait se consolider avant de rien entreprendre au dehors. Quand elle vit que Frédéric ne tentait rien contre elle, elle évacua la Prusse et se renferma dans la neutralité. Prussiens et Autrichiens restèrent face à face; mais les Russes, avant de quitter les Prussiens, leur avaient rendu un important service : le général Tchernitcheff, à la prière de Frédéric, avait différé de trois jours le départ dont Catherine lui avait envoyé l’ordre, et, tandis que

1. Pierre III était fils d'une fille de Pierre le Grand. — Sur sa mort, V. Flassan, 4. VI, p. 339.

2. V. dans le Mercure hist. et politique de 1762, t. CLUI (juillet), le manifeste de Catherine, mélange inouï d'hypocrisie religieuse et d’une audace politique qu’on ne sait comment définir. On y énonce comme une chose toute simple, pour justifier la déposition du tzar, qu’il n’était pas de sujet qui ne fût prêt d’attenter à la vie de cet ennemi de la nation et de la religion, et Catherine revendique l'honneur du salut de la Russie pour elle-même, et pour « quelques affidés sujets qui s'étaient résolus à délivrer la patrie ou à mourir. ” Cette pièce inconcevable semble rédigée de compte à demi par des républicains classiques et par des membres du Conseil des Seize de la Ligue. On l’attribua à la princesse Daschkof, amie de Catherine.

les Russes semblaient encore former la réserve de l’armée prussienne, Frédéric s'était hâté de frapper un coup décisif : il avait enlevé des positions qui reliaient le camp du maréchal Daun à la place de Schweiïdnitz et préparé l'investissement de cette forte ville (21 juillet 1762). Toutes les tentatives des Autrichiens pour secourir Schweidnitz échouèrent, quoique la place fût très-bien et très-opiniâtrément défendue : la garnison se rendit prisonnière le 9 octobre. La Silésie fut ainsi assurée à Frédéric.

Le prince Henri de Prusse avait fait, pendant ce temps, une campagne avantageuse en Saxe, et le prince Ferdinand de Brunswick avait obtenu de brillants succès contre les Français. La cour de Versailles, ou plutôt la Pompadour, qui avait un moment plié devant l'opinion dans le débat entre Broglie et Soubise, s’en était bientôt vengée : elle avait disgracié Broglie à la fin de 1761 et, n'osant donner l’armée à Soubise tout seul, elle lui avait adjoint son ancien, le maréchal d’Estrées. Les deux maréchaux eurent quatre-vingt mille hommes en Hesse; le prince de Condé ?, une réserve de trente mille sur le Bas-Rhin. Ferdinand saisit l'offensive pour tenter encore une fois de recouvrer la Hesse : il attaqua les Français à Wilhemstadt le 24 juin, en faisant tourner de loin leurs ailes par des corps détachés, manœuvre qui eût été follement téméraire devant une armée bien commandée. Les choses se passèrent comme à Creveld : les officiers généraux qui commandaient les extrémités attaquées se défendirent fort bien; mais les deux maréchaux, au lieu de soutenir leurs lieutenants avec vigueur, perdirent la tête et ordonnèrent la retraite. Quoique rejoints par la réserve de Condé et très-supérieurs à Ferdinand, \près quelques semaines de manœuvres sur la Fulde, ils se replièrent sur la Lahn, laissant un corps de troupes dans Cassel. Ferdinand , avec moins de soixante-dix mille hommes contre quatrevingt-dix mille, sans compter la garnison de Cassel, fit et couvrit le siége de cette ville, et la prit, avec sa garnison, quasi sous les yeux de d'Estrées et de Soubise (1% novembre).

1. Deux ingénieurs français dirigeaient l'attaque et la défense. — V. Frédéric II, ist.-de la Guerre de Sept Ans, t. Il, p. 368.

2. Fils de Monsieur le Duc, C'est le Condé de l’'émigrauon, mort très âgé sous la Restauration,

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