‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 314 sur 327 · INVASION DU PORTUGAL · texte numérisé non relu

INVASION DU PORTUGAL

de mille hommes envahirent les provinces de Tras-vs-Montes rt de Bcira; mais l’armée franco-espagnole , mal commandée, opéra mollement ; la nationalité portugaise se réveilla devant l'invasion; les populations des montagnes opposèrent à l'étranger une vigoureuse guerre de partisans, et huit mille Anglais, débarqués à Lisbonne, vinrent rétablir l’équilibre. Lorsque le roi d'Espagne changea son général et envoya le comte d'Aranda, qui transporta la guerre sur le Tage, il était trop tard ; les Anglo-Portugais arrêtèrent la marche des Franco-Espagnols sur Lisbonne et la campagne fut manquée.

Le seul bénéfice de la guerre contre le Portugal fut la conquête par les Hispano-Américains de la colonie portugaise du Sacramento, sur la rive gauche de la Plata, colonie alors rivale de Buenos-Ayres, comme aujourd’hui Monte-Video. Ils y prirent beaucoup de bâtiments anglais richement chargés, prise Compensée par la perte d'un galion du Pérou qui portait, à ce qu’on prétend, 25 millions de valeurs. Les Français, de leur côté, eurent un succès au mois de juin. Une escadrille de deux vaisseaux et deux frégates opéra une descente sur la côte de Terre-Neuve et prit, par capitulation, la petite ville de Saint-Jean, chef-lieu de l’île; mais une expédition anglo-américaine, partie d’Halifax, recouvra Saint-Jean dès le mois de septembre.

Pendant ce temps, les Anglais poursuivaient leurs plans dans la mer des Antilles. Une escadre, envoyée de Portsmouth et portée à dix-neuf vaisseaux par la jonction d’une partie de la flotte qui avait conquis la Martinique, franchit brusquement les dangereux passages du Vieux Canal de Bahama et jeta quatorze mille soldats, le 7 juin, sur la côte de Cuba, près de la Havane. Le gouverneur de Cuba avait dans le port de la Havane quatorze vaisseaux de ligne, et, dans la ville et les forts, deux mille soldats et quelques miiliers de miliciens mal organisés : 1l eût pu se renforcer de neuf autres vaisseaux, tant français qu'espagnols , qui se trouvaient soit au Cap-Français de Saint-Domingue, soit à la Vera-Cruz, où à Sant-Yago, à l'extrémité de l’île de Cuba opposée à la Havane. El ne l'avait pas voulu, se croyant inattaquable. Son orgueil coûta cher à l'Espagne. L'escadre espagnole ne rendit aucun service. Les troupes de ligne défendirent avec une constance héroïque le

fort Moro, qui commande le port : les Anglais, affaiblis par le fer et par les maladies d’un climat périlleux, eussent été forcés de se rembarquer, sans un renfort de quatre mille Anglo-Américains; le fort Moro fut enfin pris d’assaut le 30 juillet ; la Havane capitula quinze jours après (13 août). Le gouvernement espagnol y perdit plus de 50 millions de valeurs, outre neuf vaisseaux de ligne échappés aux bombes anglaises et que le gouverneur n’eut pas même le bon sens de brûler. La riche capitale de Cuba et la partie occidentale de cette grande île restèrent au pouvoir des Anglais.

Durant le siége de la Havane, une autre expédition anglaise faisait voile de Maras pour les Philippines et allait frapper l’Espagne d'un nouveau coup aux extrémités de l'Orient. De la fin de septembre au commencement d'octobre, un corps anglo-indien assaillit, prit et pilla Manille, et l’obligea de se racheter d’une entière destruction par une rançon considérable. Deux galions, portant d'énormes valeurs, furent encors enlevés.

Jamais l'empire colonial de l'Espagne n’avait reçu de pareilles atteintes: l'Espagne, dont l'intervention, en temps opportun, eût pu modifier le sort de la guerre, était entrée en ligne trop tard pour prévenir ou réparer les malheurs de la France, mais à temps pour les partager. D’autres revers encore étaient à craindre : Panama et Saint-Domingue étaient menacés, et les Anglo-Américains préparaient l'invasion de la Floride et de la Louisiane.

Les négociations, cependant, avaient été reprises avant que l’on connût l'issue des expéditions contre la Havane et Manille. L'espoir fondé par le cabinet de Versailles sur l'alliance de l'Espagne avait fort diminué, dès qu’on avait vu de plus près l’état réel de ce royaume : Choiseul, néanmoins, animé par les revers mêmes, eût voulu continuer la lutte. On cite de lui un mot bien vigoureux pour cette cour énervée : « Si j'étais le maître, nous serions vis-à-vis « de l'Angleterre comme l'Espagne vis-à-vis des Maures; si l’on « prenait ce parti, l'Angleterre serait détruite d’ici à trente ans", » Ce n’était pas à Louis XV qu'on pouvait faire comprendre un tel langage : il faut convenir qu'on était aux abois; les ressources financières étaient absolument épuisées. Choiseul comprit la né-

1. Lettre à l'ambassadeur de France en Espagne, du 5 avril 1762; ap. Flassan, t. VI, p. 465,

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