REVERS DE L’ESPAGNE
cessité de renouer, dès que lord Bute eut fait faire à ce sujet quelques insinuations par l'intermédiaire d’une puissance neutre, la Sardaigne. Le cabinet anglais persistait dans ses intentions conciliantes, ne croyant pas pouvoir développer à l’intérieur sa politique monarchique tant que la guerre entretiendrait l’exaltation nationale. Le succès de la Martinique n’avait pas haussé ses prétentions. Le gouverrement français étant résigné à de cruels sacrifices, les pourparlers, qui recommencèrent au milieu de septembre 1702, eussent marché assez vite, sans l’obstination orgueilleuse de l'ambassadeur d’Espagne Grimaldi. Ce plénipotentiaire traîna l’affaire en longueur, attendu, disait-il, que l'agression contre Cuba ne pouvait manquer d’échouer et que la position de l'Espagne en deviendrait bien meilleure. L'expédition de Cuba réussit complétement : l'Angleterre accrut ses exigences vis-à-vis de l'Espagne, et ce fut, comme on le verra, la France qui en porta la peine.
Les préliminaires de paix entre 1a wramce, l'Angleterre et l’Espagne furent signés à Fontainebleau, le 3 novembre. La France renonçait à toutes prétentions sur les dépendances de l’Acadie : elle cédait le Canada, l’île du Cap-Breton et toutes les îles du Saint- Laurent; elle cédait la portion de la Louisiane à ia gauche du Mississipi, sauf la ville de la Nouvelle-Orléans , toute la vallée de l'Ohio et la rive gauche du Mississipi étant considérées comme dépendances du Canada. Dans les Antilles, elle cédait la Grenade et les Grenadins; elle abandonnait trois des îles neutres aux Anglais, qui lui abandonnaient la quatrième, Sainte-Lucie, en lui rendant la Guadeloupe, la Martinique, Marie-Galande et la Désirade. La France rendait Minorque aux Anglais; elle cédait son grand établissement du Sénégal et recouvrait l’îlot de Gorée. Elle recouvrait les possessions qu’elle avait eues dans l'Inde en 1749, y compris l'emplacement où avait été Pondichéri, ruiné par ses vainqueurs; mais elle renonçait à tenir des troupes dans le Bengale, ce qui laissait Chandernagor entièrement à la merci des Anglais. IL était entendu implicitement que la Compagnie anglaise gardait
1. Au moment de l'expédition de 1756, Pâris Duvernei avait proposé de détruire les fortifications et de combler le Port-Mahon, dans la prévision qu’on serait obligé de rendre l'ile aux Anglais. V. Correspondance de Richelieu, p. 45.