LA PESTE DK MARSEILLE
L'opinion vulgaire attribue cette terrible calamité à un vaisseau qui aurait apporté la contagion de Seyde en Syrie; mais rien n’est moins prouvé. Les médecins. du Lazaret de Marseille n'avaient reconnu aucun signe pestilentiel dans l’équipage de ce navire et l’on ne sait aucun fait concernant les passagers, qui n’entrèrent en ville qu'après vingt jours de quarantaine et dont on perdit ensuite les traces. Quoi qu’il en soit, c'était le 25 mai 1720 qu'était arrivé ce vaisseau : dans le courant de juillet, des symptômes de maladies suspectes se montrèrent dans un des quartiersmalszins et encombrés de la vieille cité. Les magistrats, d'accord avec la plupart desmédecins, prirent d’abord les précautions nécessaires, avec activité, mais sans bruit, pour éviter le mal de la peur, la plus redoutable des contagions. Queiques médecins, reconnaissant la peste, eurent l’imprudence de proclamer ce nom effrayant. Toutes. les imaginations furent aussitôt bouleversées : à la suite d’un orage (21 juillet), lemal prit tout à coup un caractère violemment épidémique; la plupart des riches et des fonctionnaires désertèrent la ville et laissèrent les magistrats municipaux sansressource et sans appui. L’émigration ne se ralentit que devant l'arrêt du parlement: d'Aix, qui menaça de mort quiconque sortirait du territoire (banlieue) de Marseille (31 juillet). Quelques hommes se dévouèrent avec un héroïsme admirable à la tâcheimmense que la lâcheté de leurs auxiliaires naturels rejetait sur eux tout entière : l’histoire ne doit point oublier les noms des échevins Estelle et Moustier, ni surtout: de ce chevalier Roze, qui, sans mission ni titre, vint réclamer sa part dans cette funèbre administration, du droit de sa magnanimité, et dirigea, par la supériorité de son esprit, les dignes associés qui étaient ses égaux par le cœur. L'évêque Belzunce, jusqu'alors apprécié seulement des pauvres dont il était le père, n’était guère connu au dehors que comme un dévot intolérant, peu éclairé et gouverné par les jésuites; il grandit soudain devant le danger au niveau des plus saints héros du christianisme. Abandonné des dignitaires ecclésiastiques et des riches et égoistes bénédictins de Saint-Victor, il trouva un inébranlable courage dans les autres ordres religieux et dans le clergé des paroisses. Les médecins, accourus de Montpellier, de Paris, de tous les centres scientifiques, ne se montrèrent pas moins intrépides ni moins humains. La religion et la science, comme on l'a toujours vu dans ces grandes. épreuves, inspirérent les mêmes vertus; mais des dévouements pareils n’eurent point