Lémontei, t, 1°, p. 319. — Forbonnais, t. Il, p
64 RÉGENCE. [1720] elle demandait d’être déchargée des 900 millions dus au roi et
offrait de lui rétrocéder partie des 48 millions à elle assignés sur les impôts, elle demandait l'autorisation de faire à ses actionnaires un appel de 3,000 francs par action, en payant, à ceux qui répondraient, un dividende de 3 pour 100 sur le pied de 12,000 francs l’action, lequel dividende serait garanti par une société d'assurance formée entre les principaux actionnaires ; le surplus des profits appartiendrait à cette société. Le gouvernement consentit à tout : la Compagnie lui rétrocéda, en plusieurs fois, 45 millions d’assignations sur les impôts. Il put ainsi créer 25 müllions de rente sur l'Hôtel de Ville à 2 1/2 pour 100 au capital de 1 milliard, payable en titres de rentes non remboursées ou en billets (10 juin), puis 12 millions de rentes viagères. C'était retourner au passé, mais ouvrir aux billets un large écoulement; on n’en profita qu'avec lenteur. La défense de payer plus de 100 francs en argent fut renouvelée, ainsi qu'une prime de 10 pour 100 au papier et que la prohibition des pierreries.
Rien ne réussit. Les deux arrêts contradictoires des 21 et 27 mai avaient rendu le discrédit irréparable. Le 13 juillet, Law se fit autoriser à établir à l'hôtel de la Banque, et dans toutes les villes où il y avait hôtel des monnaies, des livres de comptes-courants et virements de parties, au capital total de 600 millions. Cette création, si utile au commerce, venait trop tard. La Banque était à bout : elle fut forcée de suspendre ses paiements, si ce n’est pour les billets de 10 francs. La consternation fut profonde. Le peuple, tremblant que les billets de 10 francs ne cessassent d’être remboursés à leur tour, se rua vers la Banque avec une angoisse furieuse; l’agiotage descendit jusque dans les dernières couches de la société; les forts de la halle se firent aCcCapareurs; ils achetaient les billets à perte et ouvraient la foule à force de bras pour pénétrer jusqu'aux bureaux ; on se baitit, on s’étouffa aux portes, beaucoup de personnes périrent, trois cadavres furent portés par le peuple sous les fenêtres du régent. Le carrosse de Law fut mis en pièces dans la cour même du Palais-Royal (17 juillet). Les actions, cependant, étaient tombées à 5,000 francs en billets, ce qui ne valait plus 2,500 francs en espèces. Tout le monde tächait