‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 4 sur 327 · LES PAIRS ET LE PARLEMENT · texte numérisé non relu

LES PAIRS ET LE PARLEMENT

la plus essentielle consistait précisément dans le droit de siéger au parlement. Il aima mieux suivre la rotfe battue qu'un sentier nouveau et hasardeux; il se tint sur la réserve et convoqua le par lement pour le lendemain.

Le 2 septembre au matin, le duc d'Orléans, les princes du sang, les légitimés, les ducs et pairs, se transportèrent au Palais; tout Paris sy pressait et lord Stairs étalait son arrogance dans une tribune, comme s’il eût prétendu dicter la loi au parlement et à la France : Villeroi n’y mena pas le jeune roi; cette première infraction aux dernières volontés de Louis XIV en présageait bien d’autres. Philippe, accueilli avec beaucoup de faveur et de marques de respect par le parlement, débuta par un discours plus habile que sincère, où il prêtait au roi des paroles très-peu vraisemblables, telles que celles-ci : « Je vous recommande le dauphin : « servez-le aussi fidèlement que vous m'avez servi, et travaillez à « lui conserver son royaume : s’il vient à manquer, vous serez le « maître, et la couronne vous appartient... J'ai fait les disposi- « tions que j'ai crues les plus sages; mais, comme on ne saurait « tout prévoir, s’il y a quelque chose qui ne soit pas bien, on le « changera. » Il prétendit avoir doublement droit à la régence, et par sa naissance, et par les intentions que lui avait exprimées verbalement le feu roi, protesta qu’il n'aurait d’autre dessein que de soulager les peuples, rétablir les finances, entretenir la paix au dedans et au dehors, remettre surtout l’union et la tranquillité dans l’Église : il demanda par avance « les sages remontrances de cette auguste assemblée » (le parlement), pour l'aider à atteindre ce but, et pria l’assemblée d'examiner les droits que lui donnaient sa naissance et les précédents, aussitôt après la lecture du testament royal et avant de discuter le testament.

Au premier mot qui annonça la restitution du droit de remontrances, tout le parlement fut gagné : l’avocat-général Joli de Fleuri donna des conclusions conformes aux prétentions du prince ; on alla extraire de sa cachette le testament de Louis XIV; Ja lecture en fut écoutée dans un silence désapprobateur. Le duc d'Orléans réclama vivement contre un acte extorqué au feu roi, dit-il, et contraire à ses intentions véritables : il demanda, au lieu d’un vain titre, la régence entière et indépendante, avec le choix

du conseil de régence. Le duc du Maine voulut parler : Philippe lui ferma la bouche d’autorité, et l’assemblée, sans même aller régulièrement aux voix, proclama Philippe régent par acclamation. Le nouveau régent énonça aussitôt le projet d’administrer les diverses branches du gouvernement par des conseils particuliers, subordonnés au conseil de régence. C'était le renversement de tout Le système ministériel sur lequel vivait depuis si longtemps la monarchie, et l'application des idées de Fénelon, de Chevreuse, de Saint-Simon. Louis XIV avait trouvé le plan de ce gouvernement par conseils dans les papiers du duc de Bourgogne, et c'était à cette occasion qu’il avait laissé échapper ce mot, souvent cité : « Ces gens-là ne connaissent guère les Français ni la manière dont il faut les gouverner ‘.» Ni le parlement, ni les princes et les ducs et pairs, ne pensèrent comme Louis XIV, et pour cause : ils applaudirent avec passion au dessein du régent et au souvenir du duc de Bourgogne évoqué par Philippe. Philippe, alors, attaqua vivement l’article du testament qui mettait la personne du jeune Louis XV et les troupes de la maison du roi à la discrétion du duc du Maine, et déclara cette disposition incompatible avec l'autorité et la sûreté du régent.

Le duc du Maine essaya enfin de se défendre et il s’éleva entre le régent et lui une altercation prolongée, opiniâtre, peu digne de part et d'autre. Philippe retombait ainsi au niveau de son rival et reperdait une partie du terrain gagné. Bien des gens qui avaient voté la régence pouvaient hésiter à briser les dispositions prises par Louis XIV pour l'éducation et la sûreté de son héritier. Les amis du régent l’avertirent que la position se gâtait et l’engagèrent à suspendre la séance. Quand on revint, l’après-midi, le temps avait été bien employé; le parlement convint, tout d’une voix, que le commandement des forces militaires ne pouvait se partager et devait appartenir sans réserve au régent. Le duc du Maine s’écria que, puisqu'on lui enlevait l'autorité que lui avait assignée le testament de Louis XIV, il ne pouvait plus répondre de la personne du roi et demandait à être déchargé de sa garde. « Très-volontiers, monsieur, » répondit le régent, et il lui fit

1. Mém. mss. du duc d’Antin, cités par Lémontei, Régence, t. If, p. 41,

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