‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 42 sur 327 · CHUTE DU SYSTÈME. FIN DE LAW · texte numérisé non relu

CHUTE DU SYSTÈME. FIN DE LAW

leur retrait de la circulation, «qu’ils ne font plus qu’entraver en soutenant le prix excessif des, marchandises », Le cours est entièrement supprimé, non plus pour mai 1721, mais pour le 1° novembre courant.

La Compagnie essaya encore de lutter : elle se fit autoriser à emprunter de ses actionnaires 22,500,000 francs (27 novembre) : le pouvoir prétendit venir à l’aide des actionnaires qui avaient gardé leurs actions, en violant la promesse faite de ne pas rechercher ceux qui avaient vendu. On voulut forcer ces derniers à rentrer dans la Compagnie et à racheter les actions non placées. Le caïssier de la Compagnie, Vernezobre, s'était enfui après avoir réalisé en or une somme énorme dont il enrichit la Prusse à nos dépens. Le 29 octobre, il fut défendu, sous peine de la vie, de quitter la France sans passe-port, jusqu’au 1° janvier. C'était tardif et inefficace ; le décri n’en fut pas ralenti : les actions tombèrent de degré en'degré à 200 francs ; puis on en eut pour un louis!

C’en était fait du système. Le 10 décembre, le régent nomma un contrôleur général, Le Pelletier de la Houssaie ; quelques jours après il rappela le parlement, moyennant des concessions mutuelles. La suppression des comptes en banque effaça la dernière trace. Dubois avait enfin décidé le régent à sacrifier Law sans retour. Law quitta Paris le 14 décembre, et bientôt le royaume. Cet homme, qui avait eu toute la fortune de la France à sa discrétion, n’emportait pour ressource que quelques pierreries de médiocre valeur. Ils’était fait un point d'honneur magnanime de se livrer tour entier aux chances qu’il faisait courir à la France. A Bruxelles, où il s’était d’abord retiré, il fut joint par un envoyé du tzar qui l'avait été chercher à Paris. Pierre le Grand lui offrait la direction des finances de la Russie. Il ne voulut point se confier à cet empire barbare et se retira à Venise, tournant toujours les yeux vers la France et gardant une foi inébranlable dans ses idées. Il avouait seulement le tort d’avoir voulu supprimer le temps. [l mourut pauvre, en 1729, laissant chez nous, au milieu de la réaction suscitée par son désastre, de profondes admirations et des germes à la fois féconds et redoutables.

Law avait poursuivi ce qu’il crovait la vérité économique ; mais

il y avait eu chez lui plus que l’amour d’une vérité abstraite, plus qu’une conception de mécanique sociale ; il y avait eu l'amour des hommes, comme chez Vauban et Bois-Guillebert; plus brillant d'intelligence, moins pur de mœurs, moins ferme de caractère, mais non pas moins humain qu'eux, il se rattache par l: étroitement à l’esprit général du xvan” siècle". «Quel que fût son système, il y était de la meilleure foi du monde : son intérêt ne le maîtrisait point ; il était vrai, simple; il avait de la droiture... il pensait grandement en beaucoup de choses. » Tel est le jugement que porte sur lui le plus médisant et le plus méprisant des hommes, Saint-Simon. Un autre témoignage est plus décisif encore : c'est une lettre de l’agent anglo-hanovrien Schaub au ministre Dubois, représentant des intérêts anglais dans le cabinet français, du 43 janvier 1721 : « Milord Stanhope (le premier ministre anglais) « a été tenté plus d’une fois d'aller vous féliciter du coup de « maître par lequel vous avez fini l’année qui vient de s’écouler, «en vous défaisant d'une concurrence également dangereuse à « vous et à nous? »

Law avait laissé dans le chaos cette France qu’il avait prétendu rendre si riche et si prospère ; la peste désolant deux grandes provinces’, tout le reste du royaume désorganisé, la circulation plus complètement paralysée qu’en septembre 1715, une masse effroyable de papiers discrédités encombrant tout, l’or et l'argent resserrés dans un petit nombre de mains, tous les travaux arrétés, les denrées accaparées ou hors de prix, funèbre réveil d’un songe éblouissant !

Le pouvoir se tira de la crise par les vieux expédients : violence et mauvaise foi. IF fit, après le système, la banqueroute qu'il eût faite sans le système : la seconde banqueroute générale depuis six aus ! Les quatre frères Pâris, les exécuteurs des hautes-œuvres en matière de finances, furent chargés du nouveau visa, auquel on soumittous les détenteurs d'effets relatifs au système, y com-

4. « Un ouvrier qui gagne 20 sous par jour est plus précieux à l’État qu’un capital en terres de 25,000 livres. » Law, cité par Lémontei, t. Ier, p. 258.

2, Mém. secrets du cardinal Dubois, t. IT, p. 2. Ce ne sont pas de vrais Mémoires, ce sont des pièces authentiques intercalées dans un récit écrit par M. de Seveliuges ; Paris, 1815; — Saint-Simon, t. XV, p. 384.

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