‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 43 sur 327 · NOUVELLE BANQUEROUTE · texte numérisé non relu

NOUVELLE BANQUEROUTE

pris les contrats de rentes acquis avec des billets (26 janvier 1721)". Ce n’était rien moins que le recensement de toutes les fortunes de France ?. On établit des catégories qui perdirent du 1/6 aux 19/20, immense travail par lequel on tâcha, comme en 1716, d'observer dans la violation de la foi publique une sorte de justice relative, Cinq cent onze mille personnes déposèrent pour 2 milliards 221 millions de papiers, qu’on réduisit de 521 millions; restaient environ 1,700 millions, qu’on admit comme capital de rentes viagères et erpétuelles sur l'Hôtel de Ville et sur les tailles, ou pour le paiement des offices municipaux (mairies héréditaires, etc.), qu’on rétablit en 1722, et des lettres de maïtrises qu'on créa la même année. Une très-petite partie de la dette (82 millions et demi) fut acquittée en argent. On assigna pour le reste 40 millions par an sur les impôts, ce qui garantissait au plus ? pour 100 de revenu pour les rentes perpétuelles et 4 pour les viagères; après l'extinction de ces dernières, leur part devait être employée à commencer le rachat des autres rentes; cela ne fut pas réalisé, et l’amortissement, fondé en Angleterre depuis quelques années, ne fut pas constitué en France.

Le second visa terminé, il se trouva que la dette dépassait encore de 625 millions en capital et de 12,625,000 francs en rente à 2 pour 100 la dette réglée par le premier visa! Il y avait toutefois d’amples compensations dans le dégagement des revenus et la plus value des impôts; de 69 millions en septembre 1715, le revenu net s'était élevé à 123. Les finances eussent donc pu se rétablir, grâce à la patience exemplaire avec laquelle la nation permettait à son gouvernement de se rédimer à volonté par la banqueroute ÿ; mais il eût fallu un peu d'ordre et d'économie; il eût fallu ne pas dépasser en gaspillages ce qu’avait coûté la magnificence de Louis XIV. La Régence persista

1. Les billets de banque ne faisaient pas moitié des papiers qui remplissaient la France : souscriptions de la Compagnie, récépissés du trésor, titres des nouvelles rentes, etc. -

2. Il y aurait eu, suivant une lettre de Dubois, quatre cent mille déclarations à Paris et cinq cent mille en province. — Mém. secrets de Dubois, t. Il, p. 210.

3. Dubois définissait la monarchie française « un gouvernement qui fait banqueroute quand il veut », et prétendait que c'était un gouvernement bien fort, V, Lémontei, t. Ier, p. 105,

dans les habitudes prises durant l’opulence éphémère du système; les pensions furent portées à 20 millions, pour dédommager ceux des courtisans qui avaient eu la main malheureuse au jeu des actions ; les acquits au comptant, les dépenses soustraites à la chambre des comptes, atteignirent 185 millions en 1721. À la fin de cette année, on avait déjà consommé 96 millions en anticipations sur les années suivantes. On revint aux emprunts, aux aliénations, aux créations d’offices, à toutes les mauvaises routines, en même temps qu’on se rejeta sur les gres réaliseurs, qui jouissaient du fruit de leur prudente défiance, pendant que les détenteurs qui avaient eu foi dans l’État l’expiaient si durement. Les réaliseurs, ceux-là du moins qui n'étaient ni princes ni accrédités dans le gouvernement, n’avaient rien perdu pour attendre; on n’institua pas contre eux de chambre de justice, mais on les taxa de plein pouvoir despotique (juillet 1722). Cent quatre-vingts d’entre eux eurent à payer près de 188 millions. Le gouvernement n’en profita guère. À mesure qu’il dévorait, il était dévoré lui-même par une nuée de harpies!. L'œuvre de Law cependant n’avait pas péri tout entière. Il en subsistait une partie, bien dénaturée, il est vrai, bien détournée de la pensée première. La Compagnie avait paru d’abord ne pas pouvoir survivre à la Banque. Après l’avoir dépouillée des recettes générales, des fermes, des monnaies, de toute l'administration des impôts, qui fut remise sur l’ancien pied (5 janvier 1721), le conseil l’obligea de rendre compte de la Banque, c’est-à-dire de porter la responsabilité des ruineuses exigences que le régent avait fait subir à Law. Cette iniquité ne s’accomplit qu’en apparence : la Compagnie avait de trop puissants intéressés, le duc de Bourbon et autres. Le régent lui fournit secrètement, d’une main, ce qu'elle devait verser dans l’autre, 1,107 millions de billets à Elle fut relevée et réorganisée. Le visa réduisit ses actions à

1. Plusieurs des commissaires du visa furent condamnés à mort pour vol. Lémontei, 6. I®', p. 346-354, — Mém. de la Régence, t. III-V. — Bailli, t. IL, p. 95.

2. Le régent ne s’y décida qu'après une scène violente, en plein conseil, avec le due de Bourbon. Il avait eu la lâcheté d’accuser Law d’avoir fait, à son insu, les émissions qu’il avait extorauées lui-même à Law. Personne ne le crut. V. Saint-Simon t. XVIII, p. 298. k

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