SUITES DU SYSTÈME
massif central de la France, si arriéré, presque barbare encore sous Louis XIV. Les populations montagnardes d’entre le Rhône et la Charente s’éveillèrent à la vie moderne.
En somme, la crise du système fut fatale à la monarchie, dont elle abaissa la politique : le roi, du moins le gouvernement du roi, avait été banquier, et banquier malheureux et malhonnète! Elle fut avantageuse matériellement, fatale moralement à la haute noblesse, qui avilit son caractère en joignant à ses anciens défauts des vices inconnus de ses ancêtres; elle fut fatale, sous bien des rapports, aux mœurs publiques, par le débordement de licence qui accompagna l’ivresse financière et par la soif fébrile de jouissances matérielles qui avait été surexcitée dans la nation et qui survécut au système. La crise fut avantageuse au commerce, à l’agriculture, à l’économie générale de la France, malgré le bouleversement survenu dans les existences individuelles; elle favorisa, tout à la fois, les cempagnes et Paris, qui conserva en partie l'énorme accroissement qu’il avait reçu et les relations multipliées qu’il avait nouées avec les provinces. Le mélange des classes fut un avantage politique, bien qu’opéré sous les auspices malsains de lagiotage; si le pouvoir et les classes supérieures se dégradaient, les classes moyennes montaient. Le contraste se dessina toujours plus fortement : le gouvernement, dégoûté de sa grande épreuve, devint de plus en plus médiocre, routinier et méprisable; l’égoiïsme vulgaire, la frayeur de tout progrès et de toute idée, l'horreur du nom de Système, dominèrent chez presque tous les hommes de pouvoir et d’affaires; pendant ce temps, la nation ne cessa plus de grandir en lumières, en richesse, en humanité, sinon en mora-
elles étaient fort mal entretenues dans la plupart des provinces, grâce aux malversations des fonctionnaires de tout ordre, qui se faisaient des chemins à l'usage de leurs propriétés avec l'argent destiné à l'entretien des grandes routes. V. Saint- Simon, t. XII, p. 370. — Des modifications importantes dans le régime militaire eurent lieu aussi pendant le mouvement général du système : on commença, en 1719, la fondation de quatre cent quatre-vingt-huit casernes destinées à loger les troupes et à soulager la population des logements militaires, si féconds en abus et en vexations. Les exactions que commettaient les troupes en marche, sous divers prétextes, furent abolies et la solde angmentée : elle était devenue absolument insuffsante. Cinq écoles théoriques et pratiques furent fondées (5 février 1720) pour le perfectionnement de l'artillerie, qui reçut une nouvelle organisation. Par contre, la proportion de la cavalerie dans l’armée, trop considérable et trop dispendieuse, fut diminuée,
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lité. Les conséquences de ce divorce pouvaient être éloignées encore, mais elles étaient inévitables,
1. Sur l’ensemble du système, consultez OZuvres de Law, ap. Économistes financiers du dix-huitième siècle; Paris, Guillaumin, 1843 ; — les principaux apologistes ; Melon, Essai politique sur le commerce , ibid. — Dutot, Réflexions politiques sur les finances et le commerce, ibid. — Hist. du Système des Finances en 1719-1720. — Senovert, éditeur et commentateur des Œuvres de Law; 1790. — Louis Blanc, Hist. de la Révolution frangaise, t. T°, liv. IT, ch. vnr; ce chapitre est le plus éloquent panégyrique qui existe du système et de l’auteur du système; — les principaux adversaires ; Pâris-Duvernei, Examen des Réflexions politiques sur les finances (réfutation de Dutot) ; — F orbonnais, t. Il (adversaire, mais avec sa modération et sa bonne foi ordinaires) ; — Eugène Daire, Notice sur Law, ap. Économistes financiers du dix-huitième siècle, — M. Thiers à écrit un article sur Law dans l'Encyclopédie Progressive ; mais il n’y traite que le côté purement financier. — Ici finit le grand ouvrage de Forbonnais, Recherches et Considéralions sur les finances de rance. Ce n’est pas sans regret que nous nous séparons de ce guide si instruit, si sensé, si purement et si simplement patriote, et sans lequel l’histoire financière du dix-septième siècle nous eût été presque impossible. «