‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 46 sur 327 · RÉGENCE (SUITE ET FIN · texte numérisé non relu

RÉGENCE (SUITE ET FIN

Mixisrère pe Dugois. — Dubois fait adopter au régeut l'alliance anglaise dans l'intérêt de la maison d'Orléans. Concessions à l'Angleterre et à l'Autriche. Alliance avec l'Angleterre, la Hollande et l'Autriche. L'Espagne attaque l'Autriche en Italie. Intervention anglo- française en faveur de l'Autriche. L'Espagne envahie est forcée à la paix. Modifications du traité d'Utrecht. — La Sicile donnée à Autriche, — Alliance avec la Prusse. — La paix du Nord rétablie par la médiation de la France. Pierre le Grand à Paris. La Russie et la Turquie font des avances à la France, Dubois les écarte pour ne pas compromettre l'alliance anglaise. — Dubois cardinal. Retour au despotisme et à l’ultramontanieme. Dubois reprend la politique de Louis XIV au dedans, en la détruisant au dehors. — Mort de Dubois. — Mort du régent.

L'expérience économique qui venait de bouleverser la société française avait eu, jusque dans ses égarements, une incontestable grandeur. Mais cette grandeur n’appartenait point au gouvernement de la Régence et lui avait été apportée du dehors par un aventurier de génie qui passa comme un météore. La diplomatie va nous montrer un autre aventurier dirigeant les relations extérieures de la France et, par l’extérieur, s’emparant de tout le reste; mais, là, il ne faut plus s’attendre à voir briller aucun rayon de gloire; le dernier s’est éteint dans la tombe de Louis XIV; la France va s’abaisser sous un dominateur qui rappelle les vils affranchis des Césars, règne d’une bassesse et d’une corruption que ne sauraient compenser une habileté perverse et des talents le plus souvent employés au mal.

Lorsque Philippe d'Orléans, après avoir pris le gouvernement en main, jeta les yeux autour de lui sur l’Europe, il vit, des deux côtés, des embarras qui pouvaient devenir des périls. C'était du côté de l’Angleterre et de l'Espagne.

Louis XIV, nous l'avons dit, dans ses derniers jours, était engagé dans une voie périlleuse vis-à-vis de l’Angleterre : il favorisait sous main le prétendant Jacques III, dont les partisans prenaient les armes en Écosse et dans le nord de l’Angleterre, au moment même où le Grand Roi mourut. Georges Ier vit donc avec joie l’avénement du régent, à qui il avait fait des offres secrètes pendant la maladie du feu roi, et compta sur un changement complet dans la politique française. Le régent, cependant, louvoya, donna de bonnes paroles tout à la fois au monarque régnant et à son compétiteur, et laissa le prétendant, retiré en Lorraine depuis la paix, traverser la France sous un déguisement pour aller s’'embarquer à Dunkerque et descendre en Écosse (2? janvier 1716). L’insurrection jacobite, très-mal concertée, très-mal conduite, était déjà étouffée en Angleterre et sur son déclin en Écosse, où elle avait eu un caractère plus sérieux, grâce à l'appui des montagnards. Le prétendant, éteint par une éducation monacale et plus propre, comme le dit Bolingbroke, à faire un capucin qu’un roi, n’était pas homme à relever un parti vaincu; il se rembarqua au bout de six semaines, sans avoir vu l'ennemi, et vint se réfugier dans la cité papale d'Avignon, tandis que ses adhérents mouraient sur les échafauds de l'implacable Georges. Le roi hanovrien et son parti victorieux gardèrent rancune au régent d'une neutralité sans franchise. L'existence de Mardyck, qui menaçait de remplacer cette Dunkerque si odieuse au commerce britannique, était aussi une cause d’irritation permanente au delà du détroit : on pouvait donc appréhender que le roi d'Angleterre ne s’entendît avec l’empereur pour revenir, à la première occasion, sur le traité d’Utrecht. Les whigs n'avaient cessé de réclamer contre ce traité, sur lequel reposait la paix de l'Occident, et l’empereur ne l'avait point accepté; Charles d’Autriche, entouré à Vienne de transfuges espagnols, continuait à se parer du titre de roi d'Espagne et proscrivait encore, en Ce Mmoment, comme rebelles, ceux de ses sujets belges, milanais ou napolitains qui avaient suivi le parti de Philippe V. Il n’y avait entre l’Autriche et l'Espagne qu’une simple trêve relative à l'Italie, et il semblait que la moindre étincelle pût rallumer la grande guerre,

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