‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 48 sur 327 · A7A5] ALBERONI ET DUBOIS · texte numérisé non relu

A7A5] ALBERONI ET DUBOIS

nements dans une attitude défensive, sans prendre de parti décisif, et sa paresse aurait eu le même effet qu’un patriotisme désintéressé !. Quelqu'un eut de la volonté pour lui. Philippe d'Orléans avait dans sa maison un personnage qui avait été pour lui, presque depuis son enfance, une espèce de démon familier. C'était l'abbé Guillaume Dubois. L'abbé Dubois, fils d’un apothicaire de Brivesla-Gaillarde, élevé quasi par charité dans un collége de Paris, avait rempli les fonctions de précepteur chez divers particuliers, puis était parvenu 4 s’introduire chez le sous-gouverneur du jeune Philippe, alors duc de Chartres, et, delà, à se faire nommer précepteur du prince par la protection du chevalier de Lorraine, infâme complaisant du duc d'Orléans, père du régent. Dubois ne démentit pas cette impure origine de sa fortune. Personne au monde ne pouvait être plus fatal à un jeune homme ardent et facile. I1 avait tous les vices du cœur avec toutes les qualités de Pesprit et celles du caractère, du moins si l’on entend par là l'énergie persévérante, non des idées et des sentiments, mais de la volonté. Étincelant de verve et de malice, doué d’une intelligence flexible, pénétrante, étendue, et d’une faculté de travail surprenante, mais bas, corrompu et fourbe comme le mensonge même, incrédule à tout principe, à toute vertu, à toute foi morale ou religieuse ?, il s’empara du jeune prince par tous les moyens, même les plus immondes, précepteur le matin, entremetteur le soir : il fit, autant qu’il put, son élève à son image; les seules vertus qu’il ne put lui enlever, ce fut un fonds de bonté naturelle que ne détruisit pas le mépris des hommes, et l’oubli des injures.

Jusqu’à la mort de Louis XIV, l'abbé Dubois, devenu, de précepteur, secrétaire des commandements de son ancien élève, n’avait pas eu l’occasion de faire une grande figure, quoiqu'il eût réussi à se mettre bien en cour en travaillant au mariage de Philippe d'Orléans avec une fille naturelle du roi, mariage que re-

1. Louis XV vivant, l'Espagne n’eût point attaqué, et la rupture, si contraire aux mA des deux nations, n’eût pas eu lieu.

2. « Dubois était un petit homme maigre, efñilé, à mine de fouine. Tous les vices, la perfidie, l’avarice, la débauche, l'ambition, la basse flatterie, combattaient en lui à qui demeurerait le maître. Il s'était accoutumé.. à un bégaiement factice, pour se donner le temps de HénÉtre les autres... Une fumée de fausseté lui sortait par tous les pores. » Saint-Simon, t. XI, p 187.

poussait âprement la mère de Philippe. Saint-Simon raconte qu’à l'avénement de Philippe, sa mère la duchesse douairière d’Orléans ', avec la rudesse allemande qui la caractérisait, le supplia de ne jamais employer « ce fripon d’abbé Dubois, le plus grand Ccoquin qu’il y ait au monde. » Philippe promit, et, quelques jours après, il nomma Dubois conseiller d’État, au grand scandale de tout le conseil. C’était lui mettre « le pied à l’étrier ». Dubois approchait de la soixantaine; mais l'ambition entretenait une ardeur juvénile dans son corps usé par la débauche. Dès qu’il avait vu son élève aux affaires, il avait parcouru l'Europe d’un regard ferme et lucide, jugé la situation et dressé pour Philippe le plan de toute une politique. L'intérêt du régent était d’abord d’affermir la sécurité de sa régence, puis, si Louis XV mourait jeune ou sans enfant mâle, d'assurer le trône à la branche d'Orléans contre les prétentions de la branche espagnole. Un autre intérêt, en Europe, offrait quelque analogie : c’était l'intérêt qu'avait la maison de Brunswick-Hanovre à se maintenir sur le trône d'Angleterre contre les prétentions des Stuarts. Or, le prétendant anglais ne pouvait rien contre le roi hanovrien sans le concours de la France, et le roi d'Espagne n’avait point de chances contre le duc d’Orléans, si celui-ci était appuyé par l'Angleterre. Lier les maisons de Hanovre et d'Orléans par les rapports de leur position, et par conséquent la France et l'Angleterre, consolider par cette liaison la paix de l'Occident, qui était dans l'intérêt commun de Georges et de Philippe, tel fut le système que présenta Dubois au régent. Philippe accéda.

Le Hanovrien était nanti : le duc d'Orléans n’avait qu’un pouvoir provisoire et des espérances ; c'était à lui de faire les avances et les concessions. Le régent expédia un agent à Londres, avec mission de proposer une triple alliance entre la France, l’Angleterre et la Hollande, pour la garantie de la paix d’Utrecht : Dubois ouvrit une Correspondance avec le ministre Stanhope, et le régent sanctionna, par la peine de mort ! la défense faite par le traité d’Utrecht aux navigateurs français de trafiquer dans la mer du Sud (29 janvier 1716); puis il réduisit les droits d'importation sur le charbon anglais (29 février).

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