Lémontei, t. Ier, p
84 RÉGENCE. (1747) alliées de la Prusse et du Danemark, s’obstinent à occuper le Mecklenbourg, malgré les vives réclamations de l’empereur et de l'électeur -roi Georges Ier,
Le tzar Pierre arriva en Hollande par le Danemark et la Basse- Saxe, dans l’hiver de 1716 à 1717, y trouva un agent de Charles XII, qui, dit-on , le pressentit sur une réconciliation avec son maître et sur une alliance avec la Suède et l'Espagne contre Georges Ier, le roi hanovrien qui contrecarrait Pierre en Allemagne et lui avait donné d’autres sujets de plainte. Pierre écouta, ne s'engagea à rien et se décida à passer en France, pour essayer de modifier la politique du régent ‘. Débarqué à Dunkerque le 30 avril 1717, il arriva le 7 mai à Paris. On trouve partout les anecdotes de son voyage, et son intelligente étude de tous nos grands établissements, et les flatteries délicates qu'on multiplia sous ses pas, et les contrastes piquants qu’offrit l’âpre majesté de ce grand homme à demi barbare avec la mollesse et la finesse de notre cour; entre Pierre le Grand et les roués de la Régence, il n'y avait de commun que la licence, raffinée chez les uns, brutale chez l’autre. Deux traits méritent le souvenir de l’histoire : l'élan d’admiration qui saisit le tzar devant le tombeau du cardinal de Richelieu et la démarche que tenta la faculté de théologie auprès de Pierre, à l’occasion de la visite qu’il fit à l’église de la Sorbonne, où repose le grand ministre. Les docteurs de Sorbonne présentèrent au tzar un mémoire sur la réunion des églises grecque et latine : ils prétendaient y poser l'église gallicane en médiatrice entre les ultramontains et les grecs; leur mémoire n’était dépourvu ni de savoir ni de spécieux arguments; mais Pierre, qui n'avait guère de religion que cette sorte de foi fataliste assez commune chez les génies d’action, ne pouvait être touché que par des arguments politiques ?. Il
1. Il avait, d’ailleurs, un grand désir de voir la France et y fût venu durant sou premier séjour en Hollande, si le &ouvernement de Louis XIV n’eût accueilli trop froidement les insinuations qu'il avait fait faire à ce sujet.
2. « Pierre Ier a peu ou point de religion : il la regarde comme un instrument de gouvernement, dont il faut être le maître. C’est pourquoi il s’est fait son patriarche, par le conseil, dit-il, du roi Guillaume. » Mém. du duc d'Antin, cités par Lémontei, t. Ier, p. 114. — Le duc d’Antin avait, en quelque sorte, fait les honneurs de Par:s au tzar. — Pierre ne s'était pas fait précisément patriarche; mais il avait aboli je patriarcat, en le remplaçant par un Saint-Synode de quatorze prélats, qui prétéren! un serment d’obéissance illimitée au tzar.