‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 54 sur 327 · ALBERONI FORCÉ A LA GUERRE · texte numérisé non relu

ALBERONI FORCÉ A LA GUERRE

lait venger sur-le-champ l'honneur de sa couronne. Toutes les représentations d’Alberoni furent inutiles, et ce grand homme d’État, pour obéir à un monarque incapable de l’entendre, se vit contraint de jouer, dans les aventures les plus follement téméraires, sa renommée et la fortune renaissante de la nation à laquelle il s’était consacré. Il n’avait encore sous la main qu’une ébauche de flotte et d'armée : il obtint, du moins, qu’on n’envahirait pas tout d’abord Naples ou la Sicile avec des forces si insuffisantes et qu’on se contenterait, pour cette année, de la Sardaigne. Neuf mille Espagnols, débarqués en Sardaigne le 22 août 1717, enlevèrent cette île en deux mois et demi, grâce à l’appui de la population promptement dégoûtée de la dure domination autrichienne.

Dangereux succès, dont Alberoni ne fut point ébloui! L’empereur, vainqueur des Turcs par l’épée d'Eugène à Peter-Waradin et à Belgrade, mais ne pouvant encore disposer librement de ses forces, avait fait appel à la Triple Alliance contre les violateurs de la neutralité de l’Italie. Alberoni tâcha d’adoucir l'Angleterre par de nouvelles avances commerciales et en protestant que son maître ne voulait qu'empêcher l’asservissement de l'Italie par l'empereur; mais, en même temps, il fit des efforts incroyables pour préparer l'Espagne à soutenir la lutte. Il continua de lever l'impôt sur le clergé, en bravant les défenses et la colère du pape, chose inouïe dans le pays de l’inquisition; des emprunts, des taxes sur les riches, des dons volontaires, la réforme de toute espèce de luxe à la cour, lui fournirent d’autres ressources. Des fonderies, des chantiers, des ateliers militaires s’élevèrent de toutes parts; des munitions, des gréements furent achetés en Hollande et partout. La masse inerte de l'Espagne fut galvanisée tout entière par la puissance électrique de cette indomptable volonté. Une armée sortit de terre. L’Aragon et la Catalogne même se rallièrent à ce gouvernement qu’ils détestaient la veille.

1. W. Coxe, Hist. d'Espagne sous les Bourbons, t. IT, p. 327 et suivantes. La lettre d’Alberoni au duc de Popoli, contre la guerre immédiate, atteste à quel point la plupart des historiens et des faiseurs de mémoires se sont trompés et se trompent encore sur Alberoni. V. aussi, sur ce sujet, une conversation très-intéressante du marquis d’Argenson avec le cardinal de Polignac, dans les Mém. du marquis d'Argenson, t. I,p. 61; 1857.

L’hypocondrie habituelle de Philippe V étant, sur ces entrefaites, dégénérée en fièvre nerveuse, la maladie faillit emporter ce triste monarque et, avec lui, Alberoni et tous ses plans; car déjà les grands d’Espagne et les membres des conseils, qui haïssaient le ministre italien comme ils avaient haï les ministres français du temps de Louis XIV, s’apprêtaient à refuser la régence à la reine et à chasser son confident. Philippe se rétablit ; quelques-uns des grands continuèrent toutefois les intrigues qu’ils avaient nouées avec le régent de France et ne projetèrent rien moins que de s'emparer du roi, de le détenir comme privé de raison et de gouverner au nom de son fils aîné. Le régent, dès l'automne de 1717, avait fait avancer un gros corps de troupes sur la frontière, à portée d'entrer au premier appel'. Les grands n'osèrent remuer et les adversaires de l'Espagne apprêtèrent des armes plus efficaces. Des négociations s’ouvrirent à Londres entre la Triple Alliance et l’empereur : Dubois, devenu membre du conseil des affaires étrangères, y représentait la France. L’excès des prétentions autrichiennes allongea les pourparlers : le régent, ne voulant point paraître sacrifier entièrement Philippe V, demandait pour lui quelques concessions; le roi Georges luimême craignait le mécontement du commerce anglais, s’il rompait trop aisément avec l'Espagne. A Paris, donc, et même à Londres, on eût souhaité de n'être point amené à tirer l'épée, et cependant la guerre était inévitablement au bout de ce qu’on allait faire. Un reste de pudeur et de nationalité arrêta un moment le régent : Dubois et Stanhope accoururent à Paris et l'entraînèrent. Des conventions préparatoires furent signées à Paris, le 18 juillet 1718, entre la France et l'Angleterre. On y arrêta que l’empereur renoncerait, pour lui et ses successeurs, à toutes prétentions sur l’Espagne et les Indes, et Philippe V à toutes prétentions sur les anciennes provinces espagnoles dont l’empereur était en possession, ainsi qu’à la réversibilité de la Sicile; que la Sicile passerait à l'empereur et que le royaume de Sardaigne serait donné en échange à la maison de Savoie; que l'empereur promettrait l'investiture éventuelle de Parme et de la

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