PACTE CONTRE L’ESPAGNE
Toscane aux enfants de la reine d’Espagne et que, provisoirement, Livourne, Porto-Ferrajo, Parme et Plaisance seraient occupés par des garnisons suisses à la solde des puissances médiatrices. Trois mois, à partir de la ratification de l’empereur, étaient accordés au roi d'Espagne et au roi de Sicile (duc de Savoie), pour accéder à cette transaction; ce terme passé, on les y coniraindrait par la force. |
Ce pacte, qui allait armer la France en faveur de ses ennemis contre ses alliés naturels et relever les Pyrénées abaissées par Louis XIV au prix de tant de sang et de douleurs, ne fut point accepté sans répugnance par le conseil de régence. Le maréchal d'Huxelles éclata, protesta qu’il se couperait la main plutôt que de signer. Le régent le menaça seulement de lui ôter la présidence du conseil des affaires étrangères, et il signa ! Quatre ou cinq membres du conseil de régence, entre lesquels le duc du Maine et Villeroi, protestèrent plus ou moins vivement; mais leur inimitié intéressée et personnelle contre Philippe d'Orléans leur ôtait le mérite de leur opposition; un seul peut-être agit par patriotisme, Villars. La plupart des assistants s’en remirent avec tristesse « à la sagesse du régent »; quelques-uns eurent le courage d'approuver et, parmi eux, Torci, le dernier ministre qui eût dirigé les affaires étrangères sous le Grand Roi. Les caractères s’abaissaient sous l’influence délétère de l’époque; on ne reconnaissait plus les hommes qui avaient figuré avec honneur du temps de Louis XIV. Le despotisme prépare mal les hommes à valoir par eux-mêmes, quand le glorieux despote qu’ils servaient a disparu ?.
1. Est-ce à cette époque que Dubois reçut une pension du roi Georges, avec l’assentiment du régent, assure-t-on? V. Lémontei, t. 1er, p. 426. Le fait passait pour constant dans la diplomatie contemporaine. Saint-Simon prétend que la pension était d'un million. Lémontei parle de cinquante mille écus : le marquis d’Argenson, un des successeurs de Dubois aux affaires étrangères, dit, dans ses Mémoires, que la pension était de cent mille écus, qu’elle passa après Dubois à madame de Prie, puis à M. de Marville, et ne cessa qu’à l’avénement de M. de Chauvelin au mini stère. Mém. t. II, p. 235. À
2. Lémontei, t. Ier, p. 141, d’après les Mém.mss. du duc d’Antin. — Méëm. de Villars, p. 246. — Dumont, t. VII, première partie, p. 531. — M. de Torci, qu’on s'étonne de voir ainsi démentir tous ses précédents, avait fondé, en 1712, un utile établissement que la Régence laissa tomber : c'était, sous le nom d’Académie poli-
c? RÉGENCE. [1718]
La convention préparatoire fut convertie en traité à Londres, le ? août : le plénipotentiaire de l’empereur signa avec les représentants de la France et de l'Angleterre. La Hollande s’abstint, reculant devant l'engagement de faire la guerre à l'Espagne. Ce fut du côté de l’empereur même que surgirent des difficultés ! La Turquie, courbant le front sous les deux cruelles défaites qui avaient ruiné sa réputation militaire et ébranlé son empire, venait d'acheter, à Passarowitz, une trêve de vingt-quatre ans, en cédant à l’Autriche Temesvar et ce qui lui restait au nord du Danube, Belgrade, la clef des contrées sub-danubiennes, la partie occidentale de la Valachie et de la Servie et une portion de la Bosnie et de la Croatie (21 juillet 1718) : l'Autriche, gorgée de butin, avait, à ce prix, laissé aux Turcs la dépouille d'autrui, et Venise, dont la défense avait été le prétexte de la guerre, complétement abandonnée par son alliée dans les négociations, n’avait pas recouvré la Morée. Quand l’empereur se sentit les mains libres, il ne voulut plus envoyer la renonciation au trône d'Espagne dans les termes convenus. Dubois vit son œuvre toute prête à crouler: il joua alors une scène de tragédie; il écrivit partout qu’il allait se donner la mort et emporter dans son tombeau la paix de l’Europe. L'empereur comprit enfin qu’il fallait sacrifier l’orgueil à l'intérêt et céda. Les cabinets de France et d'Angleterre, tout agités encore de l'émotion qu’il leur avait donnée, convinrent secrètement de le contenir, quoi qu’il advint, dans les bornes du traité (30 novembre 1718) : le régent prétendait, au moins, poser des bornes au mal qu’il consentait à faire.
Alberoni s'était efforcé d’opposer coalition à coalition. Il avait cherché des alliés aux extrémités de l’Europe, afin de remplacer l'allié naturel qui abandonnaiït l'Espagne : ressaisissant le fil d’intrigues nouées, dès 1716, par un agent de Gharles XIL, il avait tâché de réconcilier le tzar et le roi de Suède, et de les assotique, une école de diplomatie où des jeunes gens étaient instruits par d'habiles maitres dans toutes les sciences nécessaires pour la carrière diplomatique. Au sortir de cette école, on devait passer secrétaire de légation. L'organisation en était trop aristocratique, par les conditions exigées des élèves ; mais le principe était excellent, V. Flassan, t. IV, p. 374. A notre grand dommage, nous sommes encore dépourvus de toute institution de ce genre, les plans du Gouvernement Provisoire de 1848 à ce
sujet ayant été abandonnés depuis.