‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 58 sur 327 · DUBOIS MINISTRE · texte numérisé non relu

DUBOIS MINISTRE

Dubois une lettre de félicitation par un autre ministre, M. Craggs. « Le roi, écrivait Craggs, m'a donné ordre de vous dire que c’est « fa meilleure nouvelle qu’il ait reçue depuis longtemps. C'est « pour le coup que je m’attends à voir cultiver un même intérêt « dans les deux royaumes, et que ce ne sera plus qu’un même « ministère. — Si je ne suivais que les mouvements de ma recon- « naissance, répliqua Dubois, je prendrais la liberté d'écrire à «S. M. Britannique pour la remercier de la place dont Monsei- « gneur le régent m'a gratifié. » Et, quelques jours après, dans une lettre à Stanhope : « Je vous dois jusqu’à la place que j’oc- « cupe, dont je souhaïte avec passion de faire usage selon votre « Cœur, c'est-à-dire pour le service de S. M. Britannique, dont les « intérêts me seront toujours sacrés !. »

Dubois se hâta de payer sa bienvenue. Quoique l’orgueil et l’intérêt des dominateurs de la mer pussent être flattés de la destructon d’une force navale étrangère, le commerce anglais était si opposé à la rupture avec l'Espagne, que le gouvernement de George Ier s'était cru obligé de représenter la bataille de Syracuse comme un accident, comme une rencontre, et n’osait déclarer la guerre après l’avoir-si rudement faite, à moins que d’être assuré que le régent de France publierait une semblable déclaration. Le régent y était bien engagé par le traité de Londres, mais il reculait devant l'opinion publique et sentait qu’il y avait un danger sérieux à déclarer qu’on allait faire la guerre pour l'Autriche contre le petit- fils de Louis XIV. Il fallait un prétexte : Dubois se chargea de le fournir.

Depuis quelques mois, la duchesse du Maine était entrée en correspondance avec Alberoni, par l'intermédiaire du prince de Cellamare, ambassadeur d’Espagne à Paris. Un complot, ou plutôt un projet de complot, s’agitait dans l’ombre entre la duchesse et ses auxiliaires, parmi lesquels une femme de chambre qui a laissé de spirituels mémoires *, quelques seigneurs ruinés et un abbé intrigant. Le seul personnage considérable était le cardinal.de Polignac, ami de cœur de la duchesse et conspirateur par complaisance. On méditait de grands projets : on enlèverait le régent par

1. Lémontei, t. Ier, p. 153. d 2. Mém. de madame de Staal-Delaunai. Collect. Michaud, troisième série, t. X.

surprise; Philippe V revendiquerait la régence, convoquerait les États-Généraux, etc. ; tout cela n’avait aucun fondement solide et les moyens employés attestent seulement que la petite cour de Sceaux, plus décente que celle du Palais-Royal, n’était pas plus honnête au fond. Les conjurés ne réussirent qu’à raccoler quelques officiers pour le service d’Espagne; il n’y avait d’agitation réelle que sur un seul point, chez la noblesse bretonne. Le complot n’eût pu devenir quelque chose que par le concours des parlements; mais, le parlement de Paris ayant ployé sous le lit de justice du 26 août, tout point d'appui manqua. Le complot ne pouvait mener à rien ses auteurs; il mena leurs ennemis au but. Dubois soupçonnait et surveillait les intrigues de Sceaux; l’extravagance des conspirateurs lui fournit les preuves qu’il cherchait : ils s’avisèrent de faire transcrire diverses pièces, qu’ils expédiaient à Alberoni, par un copiste étranger à leur cabale, un pauvre écrivain de la Bibliothèque Royale, qui, effrayé, alla tout dénoncer à Dubois. Les pièces partirent, confiées à un jeune abbé espagnol, mais, arrivé à Poitiers, l'abbé vit entrer dans sa chambre des grenadiers qui mirent la main sur ses dépêches (5 décembre). Quatre jours après, l'ambassadeur d’Espagne fut arrêté, comme violateur du droit des gens. Après Cellamare, on arrêta la duchesse du Maine et son mari, à peu près étranger à des intrigues trop hardies pour son tempérament, puis tout ce qui directement ou indirectement avait effleuré l'affaire. La Bastille, Vincennes, la Conciergerie, se remplirent de prétendus conspirateurs. Le fracas fut immense : l'opinion ébranlée tourna, pour un moment, contre ces promoteurs de guerre civile, contre ce ministre espagnol qui voulait bouleverser la France; on ignorait qu’Alberoni ne fit que rendre la pareille au régent‘. Les lettres qu’adressa Philippe V au roi mineur et aux parlements, et qu'on répandil dans le public, furent défendues, comme libelles séditieux, par ces parlements mêmes si mal disposés pour le régent. Dubois saisit l’occasion aux cheveux : la guerre, proposée au conseil de régence, y fut votée à l’unanimité et déclarée le 10 janvier 1719 5 l'Angleterre avait déjà lancé sa déclaration le 27 décembre.

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