‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 59 sur 327 · CONSPIRATION DE CELLAMARE · texte numérisé non relu

CONSPIRATION DE CELLAMARE

Hollande se décida enfin, le 16 février, à accéder au traité de Londres, sur de nouvelles concessions faites aux dépens du commerce français. ,

Le but atteint, on se relâcha de la rigueur qu’on avait montrée envers les prisonniers. L’ambassadeur d'Espagne fut renvoyé dans son pays; la captivité des autres inculpés fut fort adoucie; une fois la France engagée à fond contre l'Espagne, on laissa tomber toute cette affaire, qui avait semblé promettre aux archives du parlement une vaste tragédie judiciaire, et l’on se contenta d’arracher aux principaux cabaleurs des aveux et des prières qui les couvraient de honte et de ridicule : la duchesse du Maine, après avoir conspiré comme une héroïne de théâtre, demanda pardon comme un enfant. Tous l’obtinrent, elle et les autres, et il n’y eut pas, du moins, une goutte de sang versée sur les échafauds !.

Mais le sang coulait ailleurs : il coulait dans une lutte où les succès de la France, sans gloire pour elle, n'avaient de profit que pour ses ennemis déguisés en alliés.

Dans le courant d’avril 1719, une division française traversa la Bidassoa, enleva rapidement les petits postes de la frontière et poussa au port du Passage, principal établissement maritime d’AIberoni sur les côtes de l'Océan. Les forts inachevés qui protégeaient les nouveaux chantiers et l’arsenal, occupés par une poignée d'hommes, furent aisément emportés : on trouva là six vaisseaux de guerre en construction et des matériaux pour vingt autres. Tout fut livré aux flammes, d’après la promesse de Dubois aux Anglais, impudent démenti au manifeste doucereux par lequel le régent avait annoncé qu'il faisait la guerre, non point à l’Espagne, mais à un ministre perturbateur du repos de l’Europe?.

Le gros de l’armée, forte, en tout, de quarante mille hommes, passa, bientôt après, la frontière et entama le blocus, puis le siége de Fontarabie. Elle était commandée par le maréchal de Berwick. Le bâtard des Stuarts, le vainqueur d’Almanza, allait combattre en faveur de l'étranger qui occupait le trône de son père et de son

1. V. le résumé, trés-bien fait, de ce qu’on a nommé emphatiquement la Conspiration de Cellamare, dans Lémontei, t. Ier, chap. vir; t. Il, p. 399 et suivantes.

2. Ce manifeste était l'ouvrage de Fontenelle; les relations de cet écrivain, de ce philosophe éminent, avec Dubois, sont une tache pour sa mémoire,

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