XV
98 RÊÉGENCE. [2719]
frère contre le monarque dont il avait autrefois sauvé la couronne, Ce général égoïste et dur, dont on a beaucoup trop vanté le caractère, ne montra dans cette occasion décisive que l'esprit d’un condottiere sans entrailles et sans patrie. Fontarabie capitula du 16 au 18 juin. Philippe V s'était avancé presque en vue de la place avec la reine et Alberoni : il était hors d’état de secourir à force ouverte la ville assiégée; le gros des troupes espagnoles était en Sicile, défendant sa conquête avec héroïsme contre les flots d’Impériaux que les vaisseaux anglais vomissaient incessamment sur les plages siciliennes, une division de cinq ou six mille hommes avait, de plus, été embarquée en Galice, pour tenter contre l’Angleterre la diversion qu'Alberoni avait rêvée l’année précédente sur une bien plus vaste échelle et qui n'avait plus aucune chance sérieuse, Philippe V n'avait guère sous la main qu’une quinzaine de mille hommes; mais il s'était imaginé que les soldats français ne tireraient pas l'épée contre le petit-fils de Louis XIV, qui venait à eux avec des fleurs de lis sur ses drapeaux, et que les deux armées n’en feraient qu’une à la première rencontre. Il se trompa. L’armée française ne marchaït qu'avec répugnance, mais elle marchait : la discipline contenait les soldats; les chefs étaient gorgés de l’or que le système attirait dans les mains du régent. Philippe, découragé, se retira sur Pampelune, puis retourna tristement à Madrid. Pendant ce temps, Ber- * wick assiégeait Saint-Sébastien. Une escadre anglaise croisait dans la mer de Biscaye, et un commissaire anglais, Stanhope, parent du ministre, était arrivé au camp : c'était lui qui donnait les ordres; Berwick n’était que l’exécuteur. Il y avait encore sur ces côtes, à Santoña, un chantier de quelque importance. Stanhope exigea qu’on embarquât des soldats français sur les vaisseaux anglais pour aller brûler à Santoña trois vaisseaux de ligne en construction et des matériaux pour sept, «afin», écrivait Berwick au régent (8 août), « que le gouvernement de l'Angleterre « puisse faire voir au parlement prochain, que l’on n’a rien « négligé pour diminuer la marine d’Espagne !. »
La France en était maintenant où en avait été l'Angleterre
À. Lémontei, t. Ier, p. 268.