DUBOIS ET LA TURQUIE
bancs de nos galères avec les pirates barbaresques, contre la foi des traités. On ne peut lire sans un profond dégoût la relation des conférences de Dubois avec l'ambassadeur Mehemet-Effendi ; l'honnête musulman partit indigné contre ce ministre, qui n’ouvrait la bouche que pour « lâcher l’écluse de son réservoir de mensonges !. » |
Mehemet, cependant, ne confondit pas la France avec son gouvernement et reporta dans le Levant une vive admiration de nos lumières et de nos arts. L’imprimerie fut introduite à Constantinople et l’on copia nos palais et notre goût contemporain sur le Bosphore comme sur la Newa; ce n’était pas ce que l'Orient et le Nord avaient de mieux à nous emprunter.
Le cabinet français, si peu abordable pour les Othomans en 1721, s’immisça néanmoins dans leurs affaires en 1723; mais ce fut d'accord avec la Russie et l’Autriche. Pierre le Grand, résolu de s’indemniser sur la mer Caspienne du débouché qu’il avait perdu sur la mer Noire, avait envahi le nord de la Perse, déchirée par la révolte des Afghans. Malgré l'hostilité mutuelle des Turcs et des Persans, la Turquie ne put voir sans alarme et sans courroux un empire musulman démembré par les infidèles, et le sultan allait déclarer la guerre à la Russie, quand le tzar fit intervenir l’Autriche, son alliée, par des menaces de gucrre et la France par des conseils diplomatiques. Le cabinet français, qui voulait la paix à tout prix en Europe (et il est juste de reconnaître que ce n’est pas vers l’Asie intérieure que les agrandissements de la Russie sont dangereux à l'Occident), décida les Turcs à partager amiablement avec les Russes au lieu de les combattre. Le schah Thamas, fils du schah Hussein, détrôné par les Afghans, céda au tzar le Daghestan, le Ghilan, le Mazanderan, Asterabad, c'est-à-dire toute la rive occidentale et méridionale de la Cas pienne. Il céda au sultan Ahmed lArmén'e, la Géorgie, Tauriz, Casbin, etc. Ce démembrement de la Perse ne devait pas être définitif?.
dans quelle dégradation il était tombé, lorsque nos armes lui enlevérent Malte sans coup férir.
1. Relation de l'ambassade de Mehemet-Effendi; ms. de la Biblioth. de l'Arsenal; —
l'extrait dans Flassan, t. IV, p. 422-431 ; et Lémontei, t. I®, p. 445. 2. Le vizir Ibrahim, qui avait montré tant de sympathie à la France, fut victime
Durant les années les plus remplies de la régence, le peu d'attention que le tourbillon du système avait laissé à la France pour autre chose que pour la Banque et la Compagnie, s'était partagé enire les affaires étrangères et les affaires religicuses, qui continuaient d’agiter une partie de la nation par des débats sans grandeur, mais non pas sans obstination et sans violence.
À l’avénement du duc d'Orléans, tout ce qui avait été opprimé sous le Grand Roi avait relevé la tête. Les protestants s'étaient mis à s’assembler sans mystère pour prier, en prévenant les magistrats et le régent lui-même de leurs réunions. Ils croyaient la captivité de Babylone finie. Le régent, parfaitement indifférent aux querelles de religion, n’eût pas mieux demandé que d'accorder pleine liberté à ces pauvres persécutés; mais il ne savait faire que le bien qui ne coûte aucun effort et il n’osa braver le déchaîne ment de l'intolérance. Il chargea les gouverneurs des provinces de faire entendre aux réformés que les édits contre eux subsistaient toujours, mais qu'on les ménagcrait s’ils le méritaient par leur conduite. En somme, les gouverneurs agirent comme bon leur sembla et suivirent les habitudes de rigueur qu’ils avaient prises sous Louis XIV. Les réformés du Languedoc rentrèrent sur-le-champ dans l'ombre où ils s'étaient si longtemps cachés sous la tyrannie de Basville, L’agitation se prolongea davantage dans les provinces voisines : les protestants dauphinois, foulés par des garnisons, promirent enfin de renoncer à tout exercice du culte; en Guienne, le 8ouverneur Berwick proposa de faire charger, c’est-à-dire de massacrer les assemblées que s’obstinaient à tenir les nouveaux convertis; le régent s’y opposa, mais enj oignit de traduire les délinquants devant le parlement de Bordeaux, qui eut la barbarie de les condamner aux galères. Le régent leur fit gràce, du moins aux simples fidèles; car la peine de mort contre les prédicants demeu:a toujours en vigueur (1717). Le pouvoir contint un peu la violente inquisition des curés sur les mariages protestants, empêcha les hideux procès contre les cadavres des
de ses tentatives de réforme et périt dans une révolte de janissaires, en 1730 : son maître Ahmed III fut déposé. Ibrahim n'avait pu, comme Pierre le Grand, se former une milice étrangère qui l’aidât à dompter la milice fanatique, ennemie de tout progrès,