‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 71 sur 327 · LOUIS XV ET FLEURI · texte numérisé non relu

LOUIS XV ET FLEURI

gouverneur et le précepteur, Villeroi et Fleuri. C’étaient deux vieillards de caractères fort opposés. Villeroi, vantard, emporté, sans jugement ni prudence,’tour à tour contraignait maladroitement ou flagornait avec emphase l’enfant-roi. À mesure que le terme de la Régence approchait, il devenait raide et presque impertinent avec le régent et brutal avec Dubois. Fleuri, au contraire, doux, obséquieux, modeste envers les puissances du jour, s’attachait silencieusement le roi par sa molle indulgence, lhabi tuait à ne penser que par son vieux maître, tâchait d’étouffer et lui toute énergie pour le bien comme pour le mal, écartait de lui tout ce qui eût pu exalter son âme, exciter sa raison ou son imagination paresseuse, l’élevait enfin comme on élevait autrefois systématiquement les frères de rois; toute son éducation était, pour ainsi dire, mécanique, et la morale et la religion, ou plutôt la dévotion, ne lui étaient inculquées que « sous forme de préjugés ?». Fleuri, trop bien secondé par la nature, se préparait un instrument maniable pour lui seul.

Il eût été déjà trop tard pour écarter Fleuri, mais on pouvait lui faire sa part : Villeroi était intraitable; on le brisa. Le 10 août 1722, à la suite d’une altercation que le régent avait fait naître, Villeroï fut arrêté et exilé à Lyon. Fleuri, qui avait été le protégé de Villeroi, parut d’abord vouloir s’envelopper dans la disgrâce de son patron et disparut de Versailles sans faire connaître le lieu de sa retraite; le roi fut très-chagrin, le régent et Dubois fort inquiets; mais Fleuri s'était caché de manière à se laisser retrouver sans peine. On lui fit écrire deux mots par le roi; il crut le décorum sauvé et revint. Quelques jours après, Dubois atteignit son but. Aïdé par le chargé d’affaires anglais Schaub, il parvint à démontrer au régent la nécessité de l’existence d’un premier ministre qui fût sa

créature à l'instant de la majorité, afin d'éviter toute secousse

1. Lémontei t, Il, ch. x1v. — Ne pas confondre le précepteur Fleuri, ex-évêque de Fréjus, et le confesseur, l’abbé Fleuri, l'historien, mort sur ces entrefaites. — Suivant le marquis d’Argenson ( Mém. t. 1, p. 192), le roi avait cependant du goût pour le régent, qui s'était pris pour lui d’une affection sincère, M. d’Argenson se fait sur Louis XV des illusions auxquelles il s’attache le plus longtemps possible et qu’on voit se dissiper peu à peu dans ses intéressants Mémoires. V. le portrait vivement coloré dans le t. 11, p. 330.

2. Lémontei, t. II, p. 56. — Il se confessait par écrit au jésuite Linières, et le confesseur avait défense de lui adresser aucune question.

{18 RÊGENCE. t1722-1793]

et de lui assurer à lui-même la continuation de son pouvoir, L'amour-propre du régent souffrit un peu de cette espèce d'abdicafion prématurée, mais Philippe, alourdi par les excès de ses nuits, plongé, durant toute la matinée, dans une torpeur qui le rendait incanable de pensée et de travail, n'était plus en état de rien refuser à Dubois. Il garda seulement la présidence des conseils et la signature des états et ordonnances de fonds. Dubois, déclaré principal ministre, souilla le siêge de Richelieu, après celui de Fénelon, comme si toutes les grandeurs de la France eussent dû être flétries l’une après l'autre par cet homme (22 août 1722)!

Sans attendre la majorité, le régent et Dubois firent sacrer Louis XV, le 95 octobre; ce sacre fut remarquable par deux circon- Stances : la construction de la première grande route pavée, de Paris à Reims, et l'hésitation où furent les gouvernants sur le maintien de la cérémonie des écrouelles, devant le scepticisme croissant; Dubois tenait à parodier le passé jusqu’au bout, et l'attouchement des écrouelles eut lieu ‘. Au retour de Reims, le régent, à l'instigation de Dubois, commença de donner au roi, avec un certain apparat, des leçons de politique : on fit suivre au jeune Louis trois cours de politique extérieure, de guerre et de finances; il s'y montra fort peu attentif et ne retint guère que les préventions qu'on lui inspira contre tout ce qui pouvait faire obstacle à l'autorité absolue. Le jour de la majorité arriva sans produire aucun changement effectif (16 février 1793) : Philippe déposa le titre de régent; Dubois fut confirmé dans le principal ministère, et Philippe dans les prérogatives qu'il s'était conservées en nommant Dubois premier ministre ; seulement, le précepteur Fleuri entra au conseil d'état, composé du roi, du duc d'Orléans, de son fils le duc de Chartres, du duc de Bourbon et du cardinal Dubois. Mais les affaires importantes continuèrent à se décider entre le roi, le due d'Orléans et le principal ministre, c'est-à-dire à être décidées par Dubois.

Espionnage en grand et &ure fiscalité, ordre matériel maintenu avec rudesse, hypocrisie dans les affaires de religion, tels furent les principaux caractères de l'administration, sous cet étrange

7 Et même en des malades guérit, au rapport de d'Argenson. Mém. &, 1, p. 2014

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