‹ Histoire De France Volume 15Chapitre 72 sur 327 · DUBOIS PREMIER MINISTRE · texte numérisé non relu

DUBOIS PREMIER MINISTRE

successeur de Richelieu et de Mazarin. Dubois semblait avoir épuisé le scandale jusqu’à la lie : il n’en était rien, un spectacle inouï couronna dignement cette vie qui n’avait été qu’une longue profanation de tout ce que les hommes ont de sacré : on vit l’assemblée du clergé de France, le 4 juin 1723, installer solennellement le cardinal Dubois sur le fauteuil de président. Quelle chute, depuis les assemblées de 1682 et de 1700! L'Église, comme la monarchie, ne pouvait plus descendre!

Dubois, du reste, se proposait de payer par d’éminents services ses honneurs ecclésiastiques, et l'acceptation de la bulle n’était pour lui qu’un point de départ. La seule chose qu’il ait jamais faite en conscience, c’est le métier de cardinal ultramontain; il était devenu plus Romain que Rome, et l’on peut soupçonner que, dans cette âme insatiable, à la fureur du chapeau commençait à succéder la rabbia papale. « J'entreprends actuellement, » écrivait-il à Rome, « de grandes choses pour l’autorité du saint- « siége et la juridiction épiscopale, qui paraîtront à la fin de l’as- « semblée et pour lesquelles il faut un grand travail et toute l’au- « torité de ma place, que je déploierai sans aucune crainte des « parlements, qui en seront le principal objet (25 juin)". » C’està-dire qu’il se proposait d'enlever aux magistrats civils, dans les matières ecclésiastiques, une intervention indispensable là où il existe une religion d'État qui reconnaît un chef étranger. L'État se voyait donc sur le point d’être immolé par un ministre athée à une église corrompue, quand il avait surmonté le même péril aux jours de grandeur et de sainteté de cette même église.

Dubois n’eut pas le temps de réaliser ses projets. Bien que, depuis quelques années, les feux de l'ambition eussent éteint chez lui ceux du libertinage, les suites de ses désordres passés le minaient, et les excès du travail achevaient ce qu’avaient commencé les excès du vice. On dit que, par un complot d’un nouveau genre, les autres ministres, qu'humiliait son joug, hâtèrent sa fin et l’'écrasèrent sous son orgueil en lui renvoyant toutes les affaires sous prétexte de déférence. Un incident burlesque précipita la catastrophe. Dubois, jouant au Richelieu, eut la fantaisie de passer

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