Mém. secrets de Dubois, t. Il, p
la revue de la maison du roi. Pendant cette parade, où sa mine grotesque réjouit fort mousquetaires et chevaux-légers, le mouvement du cheval fit crever un abcès qu’il avait dans la vessie. On l’emporta mourant à Versailles. Le duc d'Orléans le força de subir une douloureuse opération, qui était sa dernière chance de salut; mais on ne put arrêter la gangrène. On voulut faire venir le curé avec les saintes huiles. Dubois s’écria, en jurant et sacrant selon sa coutume, qu’il fallait bien d’autres cérémonies pour administrer le viatique à un cardinal et ordonna d’aller chercher son confrère le cardinal de Bissi. Avant que Bissi fût arrivé, Dubois était trépassé sans viatique (10 août 1723). On eut au moins la pudeur de ne pas lui faire d’oraison funèbre : il n'y à point de profit à flatter les morts ; mais les gens d'argent lui en firent une à leur manière; les actions de la Compagnie des Indes baissèrent. Ainsi se dessina, dès l’origine, la moralité de la bourse ! On doit avouer pourtant que la bourse n’eut pas complétement tort; car on vit bientôt, ce qui semblait impossible, quelque chose de pire que Dubois même! On retrouva ses vices, avec moins de talents et une méchanceté plus noire! !
* Le duc d'Orléans ramassa, d’une main appesantie, le titre de premier ministre. On prétend qu’il ne l'avait donné à Dubois que sur la certitude de sa mort prochaine annoncée par les médecins et dans la pensée de lui succéder. Fleuri n’y apporta aucun obstacle. Philippe sembla un moment se réveiller : des projets importants s’agitèrent autour de lui; la Compagnie des Indes poussait au rétablissement de la Banque, et Law espéra du fond de son exil. Philippe l'avait fait consulter secrètement sur la situation des finances, que Dubois n'avait fait marcher qu'à coups d'édits bursaux. Tout cela passa comme un éclair. Philippe n'était plus capable de vouloir ni d'agir avec suite : il avait à son tour la mort dans le sein. Il avait usé, dans une perpétuelle orgie, sa brillante intelligence et son Corps vigoureux. Un régime sévère
1. Les Mémoires du marquis d’Argenson, fils aîné du garde des sceaux de la Régence, confirment pleinement les traditions accréditées relativement à la pernicieuse influence de Dubois sur la jeunesse de Philippe, tout aussi bien que celles relatives à la fameuse pension anglaise, D'’Argenson accuse même Dubois d'avoir corrompu la fille (la duchesse de Berri) comme le père. Mém. t. I, p. 29-31.